A Anzin, 15000 habs, création ex nihilo ouverte en 2010, nous avons fait le choix d'ouvrir sans CD, mais avec borne d'écoute Automazic, livres, partitions, périodiques bien sur. Depuis plus de 2 ans,... seulement deux personnes nous ont demandé si on avait des CD ! Faut dire que deux médiathèques voisines en ont, ça paraissait bête de mettre 60000€ pour faire un fonds somme toute assez similaire. Mais l'offre de musique en ligne pour médiathèques reste chère et limitée, insuffisante en fait.
Par contre, gros succès sur le DVD, avec une politique documentaire adaptée.
D'une manière générale, il faut adapter ses choix à son environnement documentaire, à la population, etc. Le parti pris à un endroit ne sera pas forcément le meilleur ailleurs.
Pourriez-vous nous transmettre vos statistiques automazic ?
Si seulement 2 personnes ont courageusement demandé où étaient les CD dans votre fonds, il se pourrait (hypothèse personnelle) que ce soit normal : l'offre crée la demande. Personnellement, 2 personnes m'ont demandé en 1 an si je vendais des timbres.
Il serait intéressant d'ouvrir un établissement sans livre, histoire de voir combien de personnes viendraient en emprunter.
Les fonds similaires, c'est un peu le principe des bibliothèques. Des médiathèques. Des discothèques. La Musique étant considérée par certains comme un Art, et la Bibliothèque étant à priori un lieu permettant l'accès à la Culture au sens large du terme, s'interroger sur la création d'un fonds musical, alors qu'il s'agit de la pratique culturelle la plus répandue en France, sous le critère financier, me parait légèrement corsé. Surtout quand, en parallèle, vous soulignez le coût prohibitif des offres musicales numériques. Paradoxe.
dépôt légal des phonogrammes en France: niveau maximum atteint en 2003: 17 491 titres.
Derniers chiffres (2010) : 10 102
Dans le même temps, déclin des ventes de 40 à 50%
Que trouverez vous encore à acheter dans cinq ans?
Que ferez vous de votre mobilier, de vos espaces et éventuellement de votre personnel dédié dans dix ans?
A méditer dès maintenant si vous optez quand même pour un fonds de CD!
Quant au numérique, le public a à peu près autant besoin d'un bibliothécaire pour en avoir que la jeunesse d'aujourd'hui d'un comptoir avec un auvergnat derrière pour se biturer. A supposer que vous trouviez une offre qui ne soit pas désespérément confidentielle, et un peu durable.
Les tigres à dents de sabre sont pas les seuls à disparaître.
Effectivement, dans 5 ans, il est peu probable que l'on puisse acheter la musique mainstream en CD (quoique, votre message rétro-futuriste existait déjà il y a une 15aine d'années).
Et paradoxalement, les emprunts sont largement en meilleure santé que les ventes. Et le turn-over de la Musique supérieur à celui du livre. Et le ratio coût CD/emprunt plus intéressant que celui Livre/emprunt.
En quelques mots, nous n'allons pas si mal, merci. Le tournant du numérique a été entamé bien avant d'autres supports. Réflexion, adaptation, la peur au ventre a disparu, le numérique est devenu un outil de médiation.
Médiation. Voilà pourquoi il y aura toujours besoin de personnes aux manettes de la platine. Qu'elle soit vinyle, CD, K7 (soyons fous) ou numérique. Parce que ne nous sommes pas des fournisseurs de contenants, mais des passeurs de contenus. C'est un oubli majeur de votre réflexion.
Mais, et c'est là toute la subtilité que l'on effleure du doigt quand on connait le domaine, la Musique ne se résume pas à un volume d'albums produits mais à la qualité inhérente à ces oeuvres. Des auto-productions aux labels microscopiques, des travaux d'ethnomusicologie aux rétrospectives, la Musique aura toujours sa place dans un lieu culturel.
Aujourd'hui, plus encore qu'hier.