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Mensonges, statistiques et vieilles dentelles


Ferris
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Suite à un article cité par C. Poissenot http://www.lanouvellerepublique.fr/Toute-zone/Loisirs/Livres-cd-dvd/n/Contenus/Articles/2012/03/27/Le-public-retrouve-le-chemin-des-mediatheques, sur son blog http://penserlanouvellebib.free.fr/spip.php?breve15, j'avais fait cette réponse, que je présente, remaniée, ici en ouverture de sujet.

On se souvient de la phrase de Staline : Le Vatican ? Combien de divisions ? Telle bibliothèque, combien d’inscrits actifs ? C’est d’autant plus ridicule que le soi-disant sérieux de ces chiffres n’est pas évident du tout :

1)un "lecteur actif" est comptabilisé à partir du moment où il est passé une seule fois. Il a le mème poids statistique qu’un lecteur passant chaque semaine, ce qui est ridicule. Des bibliothèques arborent ainsi des chiffres d’emprunteurs actifs importants mais qui ne témoignent pas pour autant de l’attractivité réelle d’un établissement.

2) On pourrait penser que ce chiffre est naturellement tempéré par le nombre de prêts effectués : peu de passages d’emprunteurs, donc peu de prêts. En réalité ces données sont également faussées par les prêts massifs aux groupes : passages de classes et d’autres catégories de publics dits "captifs" . Je connais des établissements où le chiffre de ces prêts dépasse 30% de l’ensemble des transactions de l’année !

3) Dans la plupart des réseaux de bibliothèques actuels on comptabilise également comme prêts de simples dépôts de documents dans des structures annexes ou associatives. Or un dépôt de 100 documents dans un lieu ne donnera pas necessairement lieu à un prêt de 100 documents sur place ! On est là à la limite de l’honneteté.

4)Et les fameuses "prolongations de prets", comptabilisées comme des prêts. Chez nous on a pu remarquer que pour certaines bibliothèques, ces prolongations pouvaient atteindre jusqu'à 40% du total. Aubaine...

Tout est fait pour gonfler les chiffres et les faire apparaitre de façon massive, sans nuancer les choses, ce qui prouve le poids que ce type de chiffrage a encore au niveau des mentalités. Les professionnels savent bien que leurs budgets resteront encore longtemps intimement liés à ces données. Et les élus ne cherchent pas vraiment à connaître la réalité. Il y a une étrange connivence tacite entre élus et professionnels pour s’accorder sur de "bons chiffres".

Même dans l’article que vous mentionnez il y a des choses amusantes qui relèvent de cette mentalité : le nombre de kilomètres parcourus par le bibliobus urbain explose : "La navette l’an dernier a parcouru plus de 8.000 kilomètres. Un bond en avant de 64 %." Et alors ? En soi cette donnée n’a aucun sens. Est-ce les prêts suivent l’augmentation du kilometrage ? Et est-ce que les prêts sont la seule mesure du service rendu par le bibliobus ?

Par ailleurs il y a beaucoup d’effets mécaniques qui sont souvent présentés comme des avancées qualitatives. Je cite : "L’autre grand succès de l’année  : la média-ludothèque. Depuis qu’elle a inauguré ses nouveaux locaux dans l’ancienne caserne Du-Guesclin, elle a doublé ses prêts. Le signe qu’il y avait un vrai manque." On appelle ça l’effet d’annonce. Toute structure qui change de locaux connait un effet d’annonce qui fait mécaniquement progresser la fréquentation. C’est pourtant bien connu. C’est 2 ans après, une fois passé cet effet qu’il faut regarder les chiffres. Le tassement est garanti.

Tant que les bibliothécaires useront de ces artifices, et j'en oublie surement, dans leurs bilans annuels et se réjouiront d’avoir fait 1000 prêts de plus que l’année passée, ou chercheront par tous les moyens à justifier pourquoi ils ont fait 1000 prêts de moins, fût-ce par des arguments météorologiques (j’ai vu dans des bilans l’argument de "publics très météosensibles"), on sera bien loin du compte.

Les mentalités restent très dépendantes de ces pauvres chiffres. Et s’ils sont vraiment mauvais, on vous ressort l’argument du qualitatif comme ultime défense. La situation se retourne alors comme une crêpe : les mêmes qui s’accrochaient à leurs chiffres, se prennent tout à coup à déclamer de jolis couplets sur le fait que leur activité est essentiellement qualitative...et que le qualitatif est bien difficile à chiffrer ! Bref, on retombe toujours sur ses pieds. On oublie alors très facilement de se souvenir que les accueils de groupes et l'animation sont qualifiées, depuis toujours "d'activités annexes des bibliothèques", et cette année encore dans le rapport de l'observatoire de la lecture publique.

Continuer, par prêts et actifs, à valoriser le document en soi, c’est ignorer tout ce qui fait "l’autre sens" de la bibliothèque. Faire des activités annexes l'essentiel du service rendu, c'est aussi un détournement. Gonfler ses chiffres de prêt c'est accrediter auprès des élus, l'idée que seul cela compte. Mettre le projecteur sur les autres missions d'animation tout aussi traditionnelles, en jouant la carte de la non-évaluation, c'est oublier tout le reste et valider la non-évaluation comme principe de gestion (s'il n'en reste qu'un ça vaut encore la peine...chanson connue). Faire de l'accueil de classes à tours de bras, c'est accrediter l'idée que l'espace importe plus que les usages, et que l'essentiel du service public est le service rendu aux publics captifs des institutions.

La vitalité d’un établissement (que l’on s’obstine à qualifier "de lecture publique"), son attractivité, et par voie de conséquence son utilité sociale, se mesurent au nombre de gens qui en passent la porte individuellement. Un point c’est tout ! Quitte ensuite à préciser la part de chaque usage selon des critères pas forcément pris en compte, comme la charge de travail par exemple. Mais que cela n'empêche pas, sur les chiffres traditionnels, d'avoir un minimum d'honnêteté. C'est ausi une question de déontologie (ne ricanez pas !) avant d'être une question de stratégie, voire de survie.

Tout le reste n’est que cris d’angoisse de bibliothécaires naufragés, accrochés à des repères désuets, des modèles périmés, ne sachant plus comment qualifier leur activité, ni la quantifier, dérivant au fil des flots, scotchés à leurs statistiques et leurs taux de rotation comme un épicier de quartier râclant son fond de caisse chaque soir avant la fermeture.

Triste fin pour une profession. Victimes ou complices ? Les deux...

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Ferris,


 


Je te trouve un peu sévère (mais pour avoir lu plusieurs de tes posts je vois bien que tu aimes provoquer  :yes: ) envers les bibliothécaires et leurs statistiques. Effectivement les chiffres sont biaisés, effectivement ils ne représentent pas vraiment notre activité et le rayonnement de la bibliothèque. Mais ces chiffres nous sont demandés par notre tutelle directe (la commune pour moi) et indirecte (le sacro-saint rapport du ministère !). Alors oui, on peut en proposer d'autres mais je ne crois pas que l'on puisse s'affranchir de la tyrannie du résultat.


Un peu complices c'est vrai !


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Donner les chiffres qui nous sont demandés par les tutelles est une chose dont nous ne pouvons effectivement nous exonérer, mais rien ne nous empêche d'en proposer d'autres, ou une autre façon d'évaluer la structure, tu le dis toi-mème. Si les critères changent , "la tyrannie du résultat" ne portera plus sur les mèmes valeurs, et c'est bien ce qui compte. Mème la DLL dans ses dernières années a fini par inclure la fréquentation globale (et non seulement les passages des inscrits)dans les chiffres qu'elle nous demande. Beaucoup de bibliothèques n'étant pas équipées de compteurs de porte ne peuvent donner ce chiffre, c'est désormais à nous d'évoluer. Mais cela prouve bien que le regard des tutelles évolue. Quand un Maire "decouvre" que 40% des fréquentants de la bibliothèque ne sont ni emprunteurs ni mème souvent inscrits, parce qu'on lui sert ce chiffre tous les ans, en plus des sacro-saints prêts etc... , il finit pas comprendre que le rayonnement de la structure n'est pas limité à ses missions traditionnelles. Mais c'est à nous de faire le choix d'inscrire ce genre de données en bonne place dans notre bilan d'activité, et d'enfoncer le clou chaque année. Et ça finit par porter ses fruits, je peux te le dire. Nous avons des choix à faire pour élargir la notion de "résultat". Et pour une fois que le discours institutionnel (SLL, Drac, Bdp..)et médiatique (Poissenot, etc..) nous précède, nous n'avons plus d'excuses. En tous cas nous en aurons de moins en moins.

(Tu as raison pour la provoc, mais quand tu veux vendre du beurre au marché, faut savoir attirer le client, non ?)

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Bonjour Ferris


Je ne sais pas si on peut parler de repères désuets

Ce sont des repères qui donnent une certaine représentation du travail.
Et la façon de la calculer importe, il est vrai.
Puisqu'il est possible d'en déduire des stratégies.


Que mesure le nombre de prêts :

L'attractivité de la collection ?

En même temps, est-il bien juste de comptabiliser au même niveau, l'album cartonné de 16 pages et le roman qui en a plus de 1000 ?

En temps de lecture, ce n'est pas identique.
En nombre de prêts non plus.

L'approche est un peu différente lorsqu'on mesure le nombre de prêts de chaque livre * le prix du livre. (ce qui est l'équivalent d'une économie réalisée par les usagers)

Petit problème, on ne possède pas le décompte des lectures sur place.
Peut-être peut-on l'estimer à 10 %... mais ça resterait à corréler avec le nombre de visiteurs (j'appelle visiteurs ceux qui lisent sur place mais n'empruntent pas, les autres sont des touristes :-) )

A ce niveau, on comprend facilement qu'un bon stock de BD, récentes, à 48 pages, va gonfler le nombre de prêts, lorsqu'un stock de mangas (taille 4-5 fois plus importante qu'une BD classique) va être lu 4-5 fois plus lentement. Ce qui va retentir sur le nombre de prêts.

Alors, quel calcul envisager :
Nombre de livres * le nombre de pages ?
(Pour la musique du nombre de pistes par CD, ou alors en temps d'écoute ? Idem pour les films ?)

On peut.
Je l'ai fait. Il faudra que je le refasse cette année pour voir si j'ai une baisse réelle de la "consommation".

C'est une autre valeur qui permet de moduler les résultats.
Et de définir des stratégies d'acquisition basées sur ce principe "nombre de pages par document". Un petit document sera vite lu et vite reprêté.

Idem, on évitera les albums complets qui regroupent deux, trois ou quatre tomes BD d'un coup, mais qui ne représentent qu'un seul prêt.

S'il s'agit de faire du chiffre pour du chiffre, j'ai déjà envisagé ces possibilités.  :wink:
Se concentrer sur des best-sellers est encore une autre solution pour scorer.


Cependant, pour moi l'économie réalisée, divisée par le nombre d'euros investis dans les acquisitions, ça donne une valeur de rentabilité de la collection. (et plus sûrement de son attractivité réelle)

Si on réalise ce calcul secteur par secteur, on peut suivre l'attractivité et voir si les acquisitions sont plus ou moins pertinentes.

Cette valeur de rentabilité me semble plus fiable que le reste.
Et ça donne un chiffre intéressant pour les élus, en ce qui concerne l'économie réalisée par les usagers.

Mais ce n'est pas la panacée.
Juste une autre "valeur" de la collection.

Vouloir comparer les structures hors de ce moyen, c'est, à mon goût, effectivement farfelu.

Aussi farfelu que de déclarer le salaire moyen des français à 2410 euros.
On est sur d'autres réalités.


Tu parles de la fréquentation comme d'une valeur sûre. ("se mesurent au nombre de gens qui en passent la porte individuellement")

Que représente le taux de fréquentation :

L'attractivité du lieu ?

D'un côté, on peut se dire, ça représente le nombre de visiteurs et d'usagers.
Mais si on veut gonfler "ses" chiffres, on prendra soin de placer le compteur après les toilettes. Toute personne qui a une envie pressante ressortira et réactivera le compteur à son retour en salle. Idem pour ceux qui veulent sortir un instant pour fumer. (Ils se tuent la santé, mais gonflent les stats). Si on interdit le téléphone portable à l'intérieur du bâtiment, on gagnera aussi quelques jetons de passage.

Avec un tel compteur mécanique dans ma structure, je gagnerais bien un tiers, si ce n'est plus de fréquentation. J'ai des petits qui sortent deux ou trois fois pour regarder la maquette dans le hall. Et il m'arrive de les suivre pour les surveiller, le compteur s'affolerait.
Je passe aussi tous les matins. (Le personnel compte ? Matin et midi ? 6 personnes * le nombre de jours ouvrés, ça chiffre. 6 * 200 * 2 = +2400 )

Est-ce que le compteur est suffisant en lui-même ?
Pour moi qui calcule le temps de passage de chaque famille (Ctrl+: dans une feuille excel pour avoir le temps d'arrivée et celui de départ), je dirais que la fréquentation est un paramètre, mais elle ne prouve pas vraiment, à elle seule, l'attractivité du lieu.

Il faut aussi voir ce qui entoure la bibliothèque.

Dans mon cas, j'ai l'école de musique à l'étage du dessus (escalier attractif pour les petits), ce qui engendre un tiers de fréquentation en plus sur les jours de solfèges (samedi). De même pour le nombre d'inscrits. Les parents, au lieu d'attendre dans le hall, viennent à la bibliothèque. Ils joignent l'utile à l'agréable. Voire au rentable temporel, quand ils vont, en plus, faire des courses dans le magasin à 100 mètres, ou dans la pharmacie à 50, ou encore à la poste qui est juste de l'autre côté de la rue.

Là, on mesure l'attractivité du pôle social.
Pas de la bibliothèque seule.

Pas si simple de déclarer la fréquentation comme une valeur sûre.

Surtout qu'il est possible de la magouiller... oups ! maquiller avec un compteur bien placé.  :)

Mais quel intérêt ?

La fréquentation, ça ne m'aide pas à gérer ma structure. (A part pour déterminer les moments statistiquement creux, où j'ai l'espoir de lancer un peu de travail interne sans être dérangé).

C'est aussi très aléatoire et socialosensible.
Les horaires des cours de musique changent suivant les années, les horaires du judo avancent, et la fréquentation bouge ou s'arrête sur certains créneaux. Le mercredi, j'ai de la concurrence. Et bientôt, on aura les classes qui vont travailler le mercredi ou samedi matin.

Pour le reste :
Oui, tu as raison, les scolaires représentent près de 33 % de ma fréquentation et autant pour le prêt. (Auparavant, c'était 50 %. Certains sont mêmes comptés deux fois. 1 fois pour l'école, 1 fois en tant que lecteur hors scolaire. 1 pour 8 ou 10. Mais c'est plaisant de les voir ramener leurs parents, et le reste de la famille, pour s'inscrire. Le passage de l'école en bibliothèque forme vraiment des lecteurs.)

Cependant, je ne vois pas en quoi c'est mensonger ou faux.
Notre bibliothèque, à l'origine, a été en partie constituée pour répondre aux besoins des scolaires. Et nous avons même hérité du fonds de la bibliothèque scolaire pour le lancement.

L'école, c'est aussi une réalité de fonctionnement pour notre bibliothèque. Et nous réservons deux jours sur cinq d'ouverture exclusive pour les scolaires.

C'est une charge de travail importante, il n'y a aucune raison de la différencier du reste.
Ça fait partie des réalités de la structure.


Le météosensible, c'est véridique aussi.
Les nounous, en cas de grosse pluie, passent moins. Idem pour l'école privée qui est à 2,5 km, et qui vient à pied. Quand il pleut, ou quand il fait très froid, les classes du privé ne passent pas.

En hiver, il y a déjà assez de malades sans en rajouter plus.


Alors, les chiffres ?

Je ne suis pas dépendant de ces chiffres. Je sais ce qu'ils représentent.

Les élus, non.
Les statistiques officielles non plus.

Sur mon rapport DLL, on réclame (maintenant) le temps dédié aux scolaires.

Sauf qu'il y a le temps de passage effectif + le temps de rangement.
Que doit-on indiquer ?
Juste le temps de passage effectif, ou bien la totalité ?

Pour ma part, j'indique le cumulé. Quand une classe ne passe pas, je dispose de ce temps complet.

C'est comme pour les horaires d'ouverture au public.
On ne décompte que les heures d'ouvertures réelles. Or, la véritable valeur, c'est le temps d'ouverture réelle + le temps de rangement. Activités liées et inséparables.
Je ne peux pas me servir de ce temps en travail "interne" pour faire autre chose.

Sauf qu'on me réclame mes horaires d'ouverture effective. Celles affichées sur Internet et sur la porte d'entrée.

Là aussi, on est dans le mensonger.
Si on ne rectifie pas la donne, les élus et les administrés estiment que l'on peut ouvrir plus.

Mais moi, je compte la tâche du début jusqu'à la fin. Du point A (entrée des usagers) jusqu'au point Z (retour à la normale dans les rayonnages). C'est ce que fait un entrepreneur en bâtiments lorsqu'il envoie ses équipes nettoyer le chantier. Ce temps-là est facturé.

Et je passe encore sous silence, les 5 à 10 minutes où je range mon bureau (qui fait banque de prêt) "avant" d'accueillir les scolaires, ou le public. En plus, je vais chercher les scolaires du public pour les aider à traverser la route très passante.

Là encore, on devrait compter la tâche de A à Z.

Pour une demi-heure de présence réelle, j'en suis souvent à 1 heure de tâche.
Quand les professeurs ne nous oublient pas sur le pas de la porte. :-)

Oui, là, on est dans de l'ouverture au public sur une heure.
Mais vis-à-vis de l'extérieur, ça reste une petite demi-heure.


Et tu as raison encore lorsque tu dis que 8000 km, ça n'a pas de valeur.
Tu as des communes très proches et d'autres très éloignées. La véritable valeur, ce devrait être un décompte horaire. La navette part à telle heure, elle revient à telle heure, pour tant d'heures de présence auprès des publics.

Sauf que tout ça, les horaires, l'élu ou la population, ça ne lui parle pas beaucoup.
8000 km, ça se vend mieux dans la presse ou au niveau communication.
On peut se le représenter.

Un jour, je vais calculer le nombre de mètres de papier lu, tourné et parcouru.
Nombre de pages * nombre de prêts * (hauteur du livre - 10 %)... (Autant que ces cm servent à quelque chose, et au niveau com, ça devrait le faire.)



Mais si on cherche un peu mieux au niveau mensonge, tu en as un autre plus flagrant.

Calculer le taux de fréquentation par rapport à la population globale, c'est du mensonge.
Ce serait comme dire que 100 % des gens aiment le vin, ou les hamburgers, ou les marshmallow.

C'est comme pleurer après le peu d'adolescents en bibliothèque (lorsqu'ils ont juste leurs études à faire + vivre leur vie d'ados, entre eux.)

Si on était un tant soit peu honnête, on viserait 50 % de la population. Et encore, il faudrait voir ce que propose une grande ville comme "à côtés".
On peut cartonner au score sur une grande ville qui n'a que la bibliothèque comme centre culturel, et se trouver avec des chiffres nettement moins bons lorsque la politique culturelle de la ville est explosive !  (Le ratio investissement revient de nouveau me titiller les narines comptables. Les gens ne se dédoublent pas.)

Aussi, je ne désespère pas après ma fréquentation un jour de carnaval ou lors des fêtes de l'été ! L'investissement de ma commune est ailleurs.

Mais ces paramètres ne sont pas pris en compte dans les chiffres traditionnels.
Pas plus que l'émergence d'une salle culturelle sur la commune, qui draine les publics vers elle, lorsqu'il y a chevauchement d'horaires.


C'est net. Même en fréquentation, les chiffres couvrent une disparité très importante.
Et ils n'ont du sens que dans leur contexte général.  (mais vraiment général ;-) )

De plus, au niveau culturel, ou en bibliothèque, il faut effectivement tenir compte des valeurs sur au moins quatre ans.
Effet d'appel, ou mise en place des habitudes, ce n'est pas instantané.


Reste que, pour ces chiffres qui te paraissent désuets, ils sont :

- synthétiques (vite lus par un élu)
- facile à obtenir (par le SIGB ou par un compteur)

Le ROI (Return on Investment) nécessite des données bien renseignées au niveau du prix (un prix qui n'est plus actuel, la vache quand il faut remplacer une BD dans une série. La culbute, elle y est. Idem pour les magazines, ça yo-yote à coup de +50 centimes, pour un magazine à 5 euros. J'aimerais que mon salaire joue de la même augmentation annuelle :wink:  )

Sans SIGB, calculer le ROI, c'est juste mission impossible.
Et même avec un SIGB, j'ai pas loin d'un tiers des prix qui ne sont pas renseignés.

Donc pour finir, ces chiffres ce sont globalement les seuls dont on dispose.


Fréquentation ? Prêt ?

Pas très utiles dans le fond, c'est vrai.
Sauf si on en tire d'autres.
Sauf si on sait en jouer...

Baisse de fréquentation, budget identique, on peut montrer qu'il doit y avoir un lien de causalité. Surtout quand le budget (stable) est en baisse évidente par rapport à l'augmentation (bien réelle) du coût documentaire.
(Il suffit de vérifier avec une ancienne commande et de vouloir la racheter à l'identique, et on obtient une preuve.)

De bons chiffres avec une construction neuve, ça permet de montrer qu'en investissant, ça marche, on ne s'est pas trompé. La demande est là. On ne raconte pas des craques aux élus.
Ni à la population.


Bref, ces chiffres simples, c'est aussi une façon de rendre compte à peu de frais.

Bien cordialement
  B. Majour

P.S. Je me demande si j'ai bien fait de parler de ROI. La dernière fois, on m'a répondu qu'une bibliothèque n'était pas un service à vocation "rentable". Et pourtant... dans l'acronyme ROI, il y a le mot "retour". Peut-on se passer de retours sur son action ?
 

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Difficile de répondre sur autant de données. Je vais essayer d'être aussi long que toi mais c'est difficile, parce que tu triches, tu sautes des lignes... Tu vois, on est déja dans le sujet !

Le nombre de prêts, tous types de documents confondus, ne mesure pas grand-chose effectivement. Si l'on a toutefois énormément segmenté certains fonds (par exemple des genres pour les romans)il permettra d'avoir une idée, par le calcul du taux de rotation sur ces fonds, de l'adéquation entre l'offre et la demande. Par exemple, si j'ai un taux de rotation de 6 ou 7 sur les romans du terroir, il ne faut pas m'en réjouir, au contraire, cela signifie que mon offre ne correspond pas à la demande et qu'il va falloir que j'adapte mes acquisitions. Mais attention, moins on segmente, moins le taux de rotation n'a de sens. Or la plupart des bilans présentent un taux de rotation global, tous supports et fonds confondus, tournant autour de 1, 1,5 ou 2, ce qui n'a aucun sens. Pas plus que le nombre moyen de livres empruntés par lecteur et autres "moyennes" du mème genre.

Autrement dit, pour que certains chiffres aient du sens, il faut avoir préparé ses indicateurs en amont. Et là encore, cela n'a de sens qu'en interne, pour améliorer ta politique d'acquisition . Les élus s'en fichent royalement.

Les valeurs valables sur quatre ans. Encore d'accord. Ou établir un autre référentiel (année ou période de référence) Une stat n'a de valeur que comparative de toutes façons. Or que voit-on, mon bon, sur la plupart des bilans : le plus souvent une comparaison avec l'année d'avant, point-barre. Aucun sens.

Autres raisons pour lesquelles cela n'a pas de sens : nous connaissons les lois de Trueswell et de Morse : D'une part, 80% des prêts portent sur 20% des fonds (et nous savons lesquels en gros). D'autre part, "plus un livre est sorti, plus il sortira". Lois que je peux vérifier tous les jours. Et nos pratiques de mise en valeur mécanique (présentoir, chariot de retour "le bac à chaussettes" comme l'appelait D. Lahary, coups de coeur etc...) vont encore accentuer ces tendances. Comment en tirer une conclusion sur l'attractivité des fonds ?

Autre raison, que tu donnes à juste titre : la lecture sur place n'est pas comptabilisable. C'est d'ailleurs un réel problème d'évaluation pour les periodiques dont l'essentiel de la vie se passe en lecture sur place. Dans ce cas précis, les compteurs de porte (non trafiqués effectivement mais je vois que tu es capable de prêter aux collègues des intentions que je n'osais mème imaginer...) sont une bonne mesure : Quand en fin de journée, tu défalques de ton compteur les emprunteurs (certains compteurs, reliés au SIGB le font mème automatiquement parait-il), tu as une mesure indéniable de la fréquentation "sur place". Si tu peux défalquer ensuite de cela ceux qui sont venus uniquement se connecter sur internet (et nous avons ce chiffre), ce qui te reste est quand mème une bonne mesure de la lecture-consultation sur place, qu'il s'agisse du gamin qui vient lire une bd, un adulte qui vient lire son journal, ou les mômes qui viennent en groupe faire leurs devoirs. Mesure imparfaite mais mesure tout de mème. Naturellement, si tu reçois un groupes de scolaires, de visiteurs etc...tu les décomptes parce qu'ils sont comptabilisables à part et ne représentent pas une activité quotidienne. Idem pour une animation en soirée, l'heure du conte etc...

Comptabiliser les prêts aux groupes scolaires n'est pas mensonger en soi (un prêt est un prêt) ce qui l'est c'est de ne pas les présenter à part. Car il s'agit de publics captifs où le choix est souvent dicté par l'encadrant, une thématique à poursuivre en classe etc.. et rarement d'un choix individuel (c'est mon vécu la-dessus mais d'autres réalités sont possibles j'en conviens). On pourrait compter ces prêts dans une rubrique animation ou autre. L'essentiel, c'est de segmenter, là aussi, pour que les choses prennent du sens.

Tout ce qui vise à globaliser, de façon à obtenir des chiffres uniques est une démarche falsificatrice (et en plus de peu d'utilité en interne). Tu dis toi-mème que c'est une charge importante pour la bibliothèque, une action bien particulière etc...c'est vrai, et c'est justement pour cela, pour en faire mieux apparaitre l'aspect spécifique, que nous devons différencier (ce qui n'est pas soustraire ni annuler). Et puis accueillir les classes, d'accord, mais avec quel contenu ? La charge de travail doit devenir aussi un critère (mais attention alors aux raisonnements du type retour sur investissement et la question annexe : qu'est-ce qui vaut la peine de...?) Il est important de comprendre que l’évaluation n ’est pas nécessairement liée à la notion de rentabilité d’un service ou d’une action. Ne cédons pas à une dérive productiviste... D'un autre côté, l’évaluation n’a de sens que lorsqu’elle se rattache à un but précis, qui peut être : de rendre compte de l’usage des moyens engagés,de valoriser le travail accompli auprès de la hiérarchie, mais aussi auprès des agents qui l’ont effectué,de se situer dans un projet (comparer le prévisionnel avec les résultats)de se situer par rapport à d’autres structures (le benchmarking, qu'ils disent),d'adapter ses services ou de mettre en place un projet afin d’évoluer, etc...Et pour cela nous avons besoins d'indicateurs plus fiables, et pas de chiffres globaux.

J'ai trouvé ça : “ Que mesure-t ’on ? L’activité d’un établissement ou la pratique de la lecture ? Les bibliothèques ne sont pas les seules à stimuler la lecture publique. Une évaluation ne doit pas se tromper d ’objet. ” (Dominique Arot, La gazette des communes, 7/12/1998, p 8). Un peu âgée la citation (il y a plus que la lecture à présent) mais il avait raison Arot.

D'accord avec toi sur le fait de rapporter les choses à une entité totalement bidon "la population desservie" (c'est à dire une population cantonale ou intercommunale, hors la ville-siège de la structure, population que l'on souhaiterait desservir dans l'absolu mais qui est loin de refleter la réalité. Le probleme c'est que cette mesure sert à calculer les budgets... ) Mème au niveau de la ville c'est bidonné. Comme la fameuse "moyenne nationale", un scandale sans nom : sur les quelques 15 000 structures françaises (donnéee 2010 prise sur site ADBDP) moins de 4000 étaient prises en compte par les stats DLL; Et, tiens-toi bien (non, mieux que ça, fais un effort, merde) la fameuse moyenne était calculée sur un "échantillon représentatif" (!!!) de l'ordre de 1250 structures (chiffres donnés de mémoire) On se fout de qui ?

Et c'est ce chiffre (15% en gros) qu'on retrouve partout, que les collègues annoncent pour montrer que leur structure est "au dessus" des moyennes nationales ! Bon, soyons honnêtes, la dernière présentation de l'Observatoire de la LP montre que c'est en train de changer...

Je ne sais plus qui disait un jour que, comme on a calculé (-je ne sais comment-) que la moitié des français ne lisent plus après avoir quitté le système scolaire, dire que 15% de la population lit est complètement faussé ! C'est plutôt 15% des 50% restants qu'il faudrait prendre comme base ! (par ailleurs quantité de lecteurs lisent sans être inscrits en bibliothèque, mais c'est encore autre chose, et les chiffres ou la façon de calculer du SNE n'ont rien à voir avec tout celà, sans être plus vrais pour autant puisqu'ils se basent sur les ventes - dans lesquelles bous sommes inclus d'ailleurs- bref, c'est n'importe quoi)

Désuets les chiffres ? (à cause de "vieilles dentelles...ok) Non, surement pas. Mal définis oui, mal utilisés, mal présentés, globalisés, cherchant une illusoire vérité de la "moyenne" comme le français moyen. Nos critères, eux, sont désuets car incomplets, mais les chiffres n'y sont pour rien, on leur a donné un rôle trop important pour eux, c'est tout. Nous n'avons plus qu'eux. Du coup toute notre évaluation est obsolète. Nos objectifs mal définis, et l'objet de notre évaluation flou. Non, simplement, Les chiffres ne sont pas suffisants pour recouvrir des réalités complexes. Et encore moins des objectifs. Et en fin de bilan, personnellement je présente toujours les objectifs pour l'année qui vient (ne serais-ce que pour justifier de mes demandes budgétaires qui suivent immédiatement en général). Et j'ai besoin alors de chiffres : des chiffres-socle et des chiffres-objectif. Je fais comment si mes indicateurs et tableaux de bord sont insuffisants ?

En général on se trompe de cible, parce qu'on vise trop large, parce que nos évaluations sont trop larges, et parce qu'on tombe dans le jeu des critères de prets etc...les trucs qui comptent, quoi, tout en se trompant sur ce qu'est un objectif. Exemple "Augmenter le nombre de prêts" n’est pas un objectif. En revanche,si on dit " Atteindre 10 prêts par an et par habitant de la population à desservir d’ici 2014" c'est un objectif. Un objectif idiot évidemment (ne serait-ce que par cette notion de population à desservir et de ne viser que des prêts), me diras-tu, mais un objectif qui a sa cohérence.

Idiot ? Peut-être, mais stratégique et payant. Il suffit de fixer une échéance très lointaine, plus que 2014, ce qui n'engage plus à rien. Sauf que du coup, l'établissement a un (beau) projet...Du coup aussi ton chiffre de départ (3 ou 4 livres par habitant pas exemple) doit être donné. Et donc prend une importance considérable. Il devient la base de tout, c'est ton socle. Et ce sera aussi ton boulet ! Ce qui peut pousser aussi à certaines manipulations ...

Avec des chiffres simples, nous rendons compte à peu de frais, dis-tu. Certes. Le problème c'est que les décideurs s'en contentent pour élaborer budgets et stratégies territoriales. Et je ne suis pas trop d'accord avec le fait que ça les fasse investir. J'ai pu constater en région parisienne plutôt le contraire, avec des raisonnements horriblement simplistes : vous avez moins de lecteurs ? Vous n'avez donc plus besoin d'autant de budget... Et souvent, c'est ainsi qu'au moment où une bib aurait besoin d'un coup de fouet financier on lui enfonce la tête sous l'eau. Raison de plus pour tricher sur les chiffres, me diras-tu...

Le pire est que nous-mèmes finissons par y croire, par nous prendre à notre propre jeu de "bilan annuel". Moi-mème, combien de fois ne me suis-je réjoui à longueur de pages, me vautrant dans mon jus statistique, parce que nous avions fait 2,5% de plus de ceci ou de cela que l'an passé (souvent, en pourcentage ça fait mieux qu'en données réelles, t'as remarqué)! Comme si j'y étais pour quelque chose, en plus ! Quelle prétention!

J'ai beau y mettre quelques nouveautés, quelques reflexions un peu différentes, et surtout m'être donné au départ un nombre d'indicateurs suffisants, pour montrer que la vitalité d'une structure ne se mesure pas de cette façon, ça fait quand mème trente ans que je joue à la baballe avec les autres !

Je vais te dire, mon pauvre Bernard, je suis un con ! Con comme un taux de rotation. C'est te dire...

Mais au moins, je le sais.

Modifié par Ferris
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Bonjour Ferris

Chuuut ! Je saute des lignes, c'est pour aérer et faciliter la lecture  :thumbsup:


Pareil pour mon bilan, ça n'a de sens que par rapport aux années précédentes.
(Pour moi, avant embauche et après embauche, pour montrer le travail accompli et la progression, qui est très nette.)


Au niveau du fonds, d'après mon calcul, pour voir si j'étais en 80/20 ou 20/80 de Pareto (20 % de l'action procure 80 % des résultats)... j'en suis plutôt à 40 % du fonds me procure 80 % des prêts. Et 60 % du fonds 90 % des prêts. (Triste à dire, 40 % des livres ne servent à rien)


"Et, tiens-toi bien (non, mieux que ça, fais un effort, merde) la fameuse moyenne était calculée sur un "échantillon représentatif" (!!!) de l'ordre de 1250 structures (chiffres donnés de mémoire) On se fout de qui ?"

Et encore, tu n'as pas vu le nombre de coefficients correctifs appliqués.
Oui, j'ai fait un gros effort :o), et même développé une feuille de simulation pour une autre branche administrative. Très intéressant de voir comment sont calculés et lissées les valeurs.

Tout à fait comme pour les élections et les sondages en "données corrigées".


"non trafiqués effectivement mais je vois que tu es capable de prêter aux collègues des intentions que je n'osais même imaginer..."

Je regarde, j'écoute.
Visiter les autres bibliothèques permet de noter les astuces ou obligations des uns et des autres (plusieurs entrées = un seul compteur après les toilettes, logique de construction).


"Il est important de comprendre que l’évaluation n’est pas nécessairement liée à la notion de rentabilité d’un service ou d’une action. Ne cédons pas à une dérive productiviste"

Je ne cherche pas non plus à être productiviste, ni à pousser mes lecteurs dans de la consommation pure. (Plus de prêts = plus d'économies pour eux).

Non, le ROI me sert à mieux jauger mes acquisitions et mon bilan.
A ne pas m'inquiéter si j'ai une baisse des prêts, mais une économie identique pour les lecteurs, secteur par secteur ou même globale. Ça veut simplement dire que les usagers "grandissent" et qu'ils attaquent des livres plus ambitieux, avec plus de pages.

Pour moi, c'est une deuxième valeur, qui compense la pauvreté de la première.

Le nombre de prêts n'est pas suffisant en lui-même.
Mais quand je montre à mes élus que j'ai prêté pour 185 000 euros de documents, ça parle peut-être plus que 22 000 prêts. (Un prêt, qu'est-ce ça veut dire pour un non-bibliothécaire ?)
Les euros, qu'ils votent régulièrement, ça leur parle plus.
Ils peuvent faire un lien avec d'autres budgets de même ampleur.

Avec 4000 euros de budget annuel, mon ROI est excellent. (J'ai les dons et la BDP pour aider, heureusement.)

Si je cumule mon salaire avec le budget, le ROI reste très correct.

Et je ne suis plus le seul à pratiquer ainsi sur la commune, les élus savent maintenant à combien se montent les travaux en régie. Et le nombre d'employés, leurs salaires se justifient largement. Idem pour les acquisitions de matériel.

Un ROI, ça permet de voir ces choses. C'est un outil de gestion.
Et de justification.


J'utilise aussi le même système de ROI avec les prêts pour pilonner les bouquins qui ne sortent pas.
Je trouve que c'est mieux que la méthode IOUPI. Parce qu'avec cette méthode, on garde en rayon des livres neufs, mais qui ne sortent pas puisque jamais lus. Même lorsqu'ils sont mis en présentoir.

Le ROI basé sur le nombre d'années et sur la moyenne des prêts du groupe où ils se trouvent (RO, ROJ, Album, BD, etc.) permet d'éliminer les moins lus.
Ce qui est bien pratique quand on en est rendu à un livre qui rentre implique un livre qui part au pilon, faute de place.

Ma formule est la suivante.
Pour chaque document je calcule

- Nombre de prêts total / nombre d'années depuis l'acquisition.

J'en fais une moyenne.

Et ensuite, je regarde pour chaque titre si le nombre de prêts total est supérieur à cette moyenne * nombre d'années du document.

Nombre de prêts total - (moyenne * nombre d'années du document).

Les documents à la ramasse (en négatif) sont ceux qui ne sortent pas. Pour diverses raisons.
Vieillissement, abîmés, oui... mais aussi couverture qui ne va pas, quatrième de couverture peu inspirante. Tout y est.

A partir de ce constat, j'élimine tout document dont la valeur négative est supérieure à 4 fois la moyenne. (pour ne pas jeter des documents neufs qui ne sont pas encore sortis ;-)... mais quelque part, ils devraient déjà l'être en fin d'année. Sinon, on est dans la mauvaise acquisition.)

Si j'en éprouve le besoin, rayons encore trop chargés, je peux éliminer les plus négatifs autant que nécessaire, jusqu'à obtenir des rayonnages suffisamment aérés.

Le ROI m'est un outil de travail.

Pour les élus, mais aussi pour travailler dans les rayonnages.
Pour suppléer la méthode IOUPI qui n'intègre pas les prêts, lorsque que j'ai des documents défraîchis après plus de 90 prêts... et qui sortent encore de manière intensive !



" Atteindre 10 prêts par an et par habitant de la population à desservir d’ici 2014" c'est un objectif. Un objectif idiot évidemment (ne serait-ce que par cette notion de population à desservir et de ne viser que des prêts), me diras-tu, mais un objectif qui a sa cohérence."

C'est moins idiot si on parle de prêter 20 livres par an aux inscrits.

Il ne faut pas non plus vouloir se flageller. :)

Je crois qu'on se rejoint tout de même ici.
Mon but, c'était d'arriver à prêter 1 million de francs avec les 25 000 francs de budget annuel.
(On est passé en euros depuis. J'ai perdu la notion du million ! Flûte ! Ça en jetait un max.)

C'est quoi tes stratégies ?

Les miennes, adapter immédiatement le nombre de prêts à celui de la grosse ville voisine,  Bordeaux : 15 prêts par personne. (pas de différence de service, au moins pour le prêt)

Nous c'est 15 prêts par famille, je monte même à 20-25 pour les familles nombreuses.

Gestion par famille pour les raisons suivantes :
- Une seule feuille à remplir (avec le nom des lecteurs de la famille, eh oui, je connais tous ceux qui lisent, même les cachés :wink:  ).
- Une seule adresse, une seule feuille à imprimer ou un seul mail à envoyer.
- Vérification immédiate des retards lors du passage des gens. (même si les retards, ma foi, sur un document non réservé, quelle importance. Mais surtout facilité d'indiquer les titres en retard pour toute la famille.)
- Une seule carte (pas indispensable pour ceux qui passent souvent, j'ai l'ordinateur ! et je suis dans une petite commune. Je vois aussi passer des papas à l'occasion)
- Notion d'accueil excellente, très peu de gens se sentent brimés. A vrai dire, personne ne se sent brimé. Au contraire, ils disent : "quoi, 15 documents ? C'est énorme."  

Enorme ? Pas tant que ça au final, et chacun peut moduler ses envies suivant le temps dont il dispose. = Si je suis en vacances, je peux en prendre plus que d'habitude. (le double ?) Si le frangin s'en va, on peut prendre sa part de livres, etc.

Ça marchait aussi très bien quand, bénévole, je prêtais deux livres aux scolaires lorsqu'ils partaient en vacances. Las, les collègues bénévoles (qui ne pratiquaient pas ce genre de double prêt sur leur créneau, par peur de pertes) m'ont fait les gros yeux. J'ai rabattu de la voilure, mais je n'en pense pas moins.
Il n'y avait pas plus de pertes, et ceux qui voulaient lire, le pouvaient.
Le double prêt permettait aussi de gérer, dans le confort, un éventuel oubli.

Pour des raisons d'éducation, certains professeurs ont décrété qu'il n'y aurait qu'un seul prêt. Je me suis plié à leur demande, mais je continue à utiliser les vacances pour une gestion dans le confort d'un éventuel oubli. Un jour, je vais remettre en fonction le double prêt pendant les vacances, quitte à violenter tout le monde.

Alors, toi, c'est quoi tes stratégies pour obtenir 10 prêts par an et pour la population à desservir ?

Pour moi, 10 * 4000 = 40 000.
Là, ça me paraît énorme


Si j'arrive à 20 par inscrit, ou plus exactement à 30 par famille, ça me paraît plus raisonnable.
(et encore, je te rappelle la notion de pagination : 22 pages d'un album cartonné, contre 500-1000 pages d'un roman)

Et puis, les prêts, c'est bien, mais tu as aussi la charge de travail découlante à prendre en compte.

Dans mon cas, doubler le temps de rangement, doubler le temps de prêt, doubler le temps d'acquisition et de préparation, avec un seul ordinateur et une seule banque de prêt, sur le même surface. On est dans de la mission impossible.

Ou alors tu as un truc magique.  :)

Bien cordialement
  B. Majour


P.S : si je calcule un ROI sur le prêts / nombre d'habitants à desservir : 22000 / 4000 = 5,5.
Avec 10, tu n'as que de gros lecteurs sur ta commune ?
Magique = Musique, films, prêts Internet ?
 

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Je te remercie de ta réponse, bien qu'un peu trop arithmétique pour moi. Je retiens, pour le fun, ta notion financière "Mon but, c'était d'arriver à prêter 1 million de francs avec les 25 000 francs de budget annuel.",   ça peut être interessant au niveau prise de conscience des élus. Ou simplement rigolo.


 


Pour le reste on est d'accord, sauf que tu n'as pas compris mon propos qui n'était que démonstratif et non exemplaire : je ne propose surtout pas de stratégie ! Je serais en totale incohérence, puisque je les dénonce. Quand à mon exemple Atteindre 10 prêts par an et par habitant de la population etc.. (qui aurait effectivement plus de sens en comptant par actif c'est sûr : là je suis à 31,73 livres par actif, ça me fait une belle jambe...), c'est pour la démonstration de ce qu'est un objectif, mais je ne poursuis pas ce but du tout ! Tu fais une excellente démonstration de ta stratégie "pour convaincre". Bravo. Mais c'est le principe que je refuse, pas telle ou telle méthode.


 


La seule stratégie si tu veux utiliser ce mot, c'est d'avoir un comportement professionnel, une bonne poldoc et de ne jamais oublier que je ne suis astreint à aucune obligation de résultat ! Et d'expliquer mon travail aux élus. Si ça ne leur parle pas, tant pis. Et j'ajoute à mon travail d'évaluation du service rendu  (j'aime ce conceptles autres services hors prêts, et la charge de travail corespondante. J'explique les necessités de renforcer tel ou tel fonds pour qu'il corresponde à la demande, avec les taux de rotation très détaillés, en disant clairement que ce sera fait de toutes façons, que le budget soit renforcé ou non. Et basta. Je martèle là-dessus comme une brute. Et au passage il m'arrive mème, dans des réunions, de dénoncer les cartes postales de certains collègues du réseau. Je ne me suis pas fait d'amis dans cette profession.


 


Toutes les évaluations chiffrées, si elles ont un but stratégique, falsifient la réalité. Notre métier, à présent, doit intégrer l'idée de faire comprendre aux élus, que le service rendu par leur structure se mesure désormais autrement qu'à l'aune des prets, que les moyennes mentent, que la population desservie est une donnée illusoire, que ce n'est pas la peine de se comparer à Bordeaux parce que la-bas ils mentent aussi, évidemment ! Le seul chiffre qui  s'approcherait d'un sens c'est celui des fréquentants-non-emprunteurs. Or il est tellement imparfait, difficile à mesurer et encore plus à interpréter, qu'il nous prouve justement que le chiffrage est hors-jeu.


 


Les vieilles dentelles, c'était pour faire passer l'idée que nous devons absolument sortir de cette logique archaîque du chiffrage, que les chiffres soit faux ou vrais, bons ou mauvais, complets ou partiels, la vitalité d'une bib de nos jours se mesure à autre chose, nous le savons tous. Nous devons promouvoir cette idée. Dans le mème esprit militant que celui des collègues qui se sont battus pour la gratuité, pour l'accès internet libre, ou pour l'animation (il y a très longtemps), et qui se battront à présent pour qu'on puisse aussi manger et utiliser son téléphone portable, avoir la wifi sur place etc...


 


S nous avions une discussion sur la mesure du taux de satisfaction des usagers (hors de la mesure classique de type "démarche qualité" mais plutôt dans l'esprit de ce pays, le Bhoutan,  où le bonheur national brut remplace le PIB, mème si la comparaison est un peu osée, je te l'accorde) nous serions progressivement obligés de quitter nos stratégies arithmétiques, tu vois ce que je veux dire ?


 


Quelquefois je m'effraye moi-mème. Je pensais mon texte cohérent, et je vois qu'un type intelligent comme toi a compris le contraire de ce que je disais. Je dois avoir un problème. J'ai beau me relire, je ne vois pas...


 


Bernard, rassure-moi, j'ai peur. Suis-je vraiment aussi seul ? :cry:

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"Le seul chiffre qui  s'approcherait d'un sens c'est celui des fréquentants-non-emprunteurs."

 

Mais moi, ils finissent tous par s'inscrire et emprunter ! :blink:

 

Quelquefois je m'effraye moi-mème. Je pensais mon texte cohérent, et je vois qu'un type intelligent comme toi a compris le contraire de ce que je disais. Je dois avoir un problème. J'ai beau me relire, je ne vois pas...

 

Le problème, c'est que tu as l'air très sérieux dans ta réponse à ma réponse.

 

Idem dans ton premier texte.

 

Si tu m'avais dit, tous ces chiffres, c'est de la foutaise. Ce qui compte, c'est le plaisir du lecteur à venir à la bibliothèque.

Je t'aurais dit, mais oui !

 

Arrêtons d'enquiquiner les gens avec nos nombres de prêts réduits par usager.

Soyons généreux, soyons cools. Et même quand un usager perd ou abîme un bouquin, regardons d'abord combien on en pilonne par an, avant de lui mettre le couteau sous la gorge pour qu'il rembourse, ce malandrin.

 

En supplément, ils sont de plus en plus nombreux à me donner des livres. (et des livres neufs !)

C'est une autre manière de mesurer mon succès auprès de la population.

 

Comme peut l'être un retour vers le maire, ou vers les élus qui entendent parler en bien de la bibliothèque.

 

Tu le sais, et je le sais aussi, les chiffres ça permet juste de montrer... quoi au fait ?

 

Pas grand chose. Un prêt n'a pas de sens pour un élu, une transaction non plus.
Quand je leur dis, je prête deux fois la totalité du fonds, j'ai l'impression de leur parler chinois.
J'en viens au monétaire, parce qu'il s'en trouve plein dans les comptes-rendus du conseil, mais je ne suis même pas sûr que ce soit parlant.

Ça représente quoi 185 000 euros ? lorsque l'être humain, tel le corbeau, est incapable d'apprécier des valeurs au-delà de 10 000, si ce n'est 1 000. Le corbeau sait compter jusqu'à 7. Tu mets 8 chasseurs dans une palombière, il en ressort 7, le corbeau croit qu'il n'y a plus personne. Et poum !

Ces chiffres sont bien là pour se donner bonne conscience. Pour essayer de prévoir ou, stratégiquement, pour réclamer plus de moyens.

A part ceux que j'utilise comme outil (exemple du pilon), je ne suis pas dupe de leurs valeurs.
Ni d'un éventuel objectif chiffré qui dépendrait des usagers et de leur venue. (Le million est venu tout seul, et c'était juste rigolo)

Comme tu le dis, nous ne sommes pas tenus à une obligation de résultats, mais à une obligation de service. L'accueil est primordial pour moi.

Et je préfère mille fois entendre (comme pas plus tard que jeudi matin, deux nounous) : "Ah, on est tellement bien ici, qu'on en oublie l'heure". Sûr, en plus, nous n'étions pas ouverts au public, donc pas aux nounous ! Fin du créneau école/halte garderie oblige.

Bref ! Mille fois entendre ça, que de prêter 100 bouquins supplémentaires.

 

Sûr et certain, même si je ne crache pas sur les trucs magiques pour mieux prêter. :tongue:

Je ne connais pas encore toutes les possibilités d'être plus accueillant.

 

J'aime bien en apprendre tous les jours.

      B. Majour

Modifié par B. Majour
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Donc on est bien d'accord sur le fait qu'il ne s'agit que de stratégie, c'est tout. Tu ne crois pas plus aux "réalités" chiffrées que moi mais tu les utilises auprès des tutelles, peut-être plus intelligemment que moi qui refuse de jouer avec. Parce que ce n'est pas qu'un jeu, c'est aussi dangereux parce que nous confortons les élus dans leur besoin de réalité mesurable. Il faut s'interesser aux chiffres pour savoir ce qu'ils ne nous permettent pas de mesurer. Finalement, c'est ça. Toujours connaître son ennemi, quoi....


 


Ce qui m'inquiète en général c'est que, au bout des logiques basées sur les chiffres, on connait très bien la tentation ultime : faire du chiffre . Eh oui, on n'en a pas encore parlé, mais il est certain qu'à partir du moment où on entre dans la dictature des chiffres (et c'est nous qui la créons cette dictature en continuant à la servir aux élus, ne nous leurrons pas, nous ne sommes pas victimes mais praticiens actifs), on peut tomber dans une démarche visant clairement à augmenter réellement ces chiffres, pas en les manipulant mas en manipulant les fonds.. Et nous savons parfaitement comment faire (je ne te fais pas un dessin sur le type de politique d'acquisition a adopter pour faire du chiffre...). Le danger du chiffre nous guette à chaque coin de rayonnage. Pour peu que certains collègues subissent une pression (budgétaire le plus souvent) trop forte, et ils pourraient basculer du côté obscur de la force...Les trucs magiques pour mieux prêter (ou plus prêter, ce qui est différent, c'est vrai ).


 


Quand tu dis que tous tes non-emprunteurs finissent par emprunter, je suppose que tu plaisantes....D'ailleurs, moi je ne cherche pas particulièrement à ce qu'ils deviennent emprunteurs. "L'usager aux multiples motivations inconnues" me convient très bien. Il me démontre, et je te suis à fond la-dessus, que mon accueil est valable. D'ailleurs quand on est passé à la gratuité, puis à la suppression des pénalités, nous avons constaté que cela n'avait pas augmenté le nombre d'inscrits actifs. Par contre notre fréquentation a continuer d'augmenter (alors qu'elle n'a jamais necessité d'inscription ni quoi que ce soit de ce genre). Etonnement et perplexité des élus qui pensaient que, mécaniquement, la gratuité augmenterait le lectorat. Logique du chiffre une fois de plus.


 


La question de fond revient donc toujours : comment faire passer, auprès d'élus obnubilés par des chiffres parce que c'est la seule soupe évaluative qu'on leur sert depuis toujours, l'idée que l'accueil prime. Comment ton anecdote des deux nounous peut devenir un argument de fond ? Certes il y a le bouche à oreille et l'image de marque de la structure, image qui se construit (ou se déconstruit) en ville à travers l'échange des multiples satisfactions diffuses que s'échangent les vrais gens, jusqu'à tomber dans l'oreille d'un décideur. Et e n'est pas négligeable, surtout en milieu rural ou en petit urbain.


 


Tes nounous (symboliquement), je sais déja qu'elles ont besoin de chauffeuses agréables, de petits coins-cosy, de pouvoir parler (à voix pas si basse que ça parce que chuchoter c'est chiant), de feuilleter des revues (et pas seulement Le Monde des Religions, evidemment), de savoir qu'elles vont pouvoir rencontrer des gens qu'elles connaissent, etc...Mais elles sont protéiformes, insaisissables, incadrables. Le lendemain elles seront remplacées au mème endroit par deux ados en train de chercher un coin pour se bécoter gentiment à l'abri des regards indiscrets, etc...Donc, comme tu le dis très bien "Je ne connais pas encore toutes les possibilités d'être plus accueillant."


 


Ni d'expliquer aux élus  que c'est tout ça qui compte, Ce qu'il faudra bien arriver à faire si je demande des chauffeuses supplémentaires en investissement, ou une machine à café ou un agrandissement des locaux (pas pour les livres, pour les gens !) ou un distributeur de preservatifs (non, là je déconne, ils en ont un au collège)


 


Continuons le combat et laissons les bouffeurs de chiffres s'étouffer avec !

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Oliburuzainak

Je partage les remarques de Ferris sur le caractère non-absolu des chiffres :clover: , leur utilisation politique (la tutelle, -l'université-, est demandeuse pour recycler les chiffres à son tour) et les limites de l'exercice (chaque année on rempli consciencieusement les statistiques ESGBU dans les grands tuyaux du ministère) ; c'est la même problématique en BU, au final. Mais...


 


...mais on ne pourrait que difficilement s'en passer, moi le premier. Un RA sans chiffres, il manquerait quelque chose à la lecture ; et en autoévaluation, ça reviendrait à observer sans repères. Et surtout, pour moi le qualitatif ça de relève pas de ce sujet (des stats), mais ça relèverait de la question des enquêtes (nottamment Libqual pour se mesurer entre établissements) ; voire de la veille, puisque qu'on voit très bien sur les réseaux sociaux du public les sujets d'insatisfaction (on les voit très vite :wink: ) et les sujets de satifaction (on les voit moins vite :wink: ).


 


Donc, les indicateurs traditionnels (entrées, prêt), perso', je ne les jette pas au feu, j'aaime les voir ; mais je tiens autant compte des indicateurs électoniques : nombre de connexions (non identifiées) aux pages web de la BU, nombre de requêtes (identifiées) dans les bases de données, nombre de téléchargements (identifiés) de périodiques électroniques, nombre de fans ou de followers sur les réseaux sociaux, etc. 


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