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L'édition genrée pour les tous-petits


Bouille
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Je suis tombée hier, par la grâce des réseaux sociaux, sur cet article ô combien intéressant, qui soulève la problématique du  genre dans la littérature jeunesse.


 


Afin de vous allécher, je vous cite ici une partie de l'introduction :


 


« Bonjour Mademoiselle, je cherche un livre pour un petit bébé.


- Bien sûr, il a quel âge ?


- Ho, il est pas grand, il a 3 mois. Alors, qu’est-ce que vous avez pour son âge ?


- Eh bien, il y a les livres tissus, tenez regardez celui-là : ça s’appelle « Mon lapin bisou », il a des oreilles toutes douces et à l’intérieur vous avez une petite comptine.


- Non ça n’ira pas…


- Ah ?


- Oui vous voyez, sur son pelage il y a des petits cœurs roses, c’est pour un petit garçon vous comprenez ?


- Dois-je comprendre que votre cher tête blonde, qui sait à peine reconnaître son nom, qui ne fait pas la différence entre téter son biberon ou son poing fermé et qui ne sait même pas encore contrôler ses sphincters, risque de se sentir atteint dans sa virilité triomphante par la force de ces petits cœurs roses sur le pelage de tout-doux lapinou ? [...] »


 


Cet article m'a mené à d'autres sources, je l'ai fait lire à des collègues, à mes proches, et ma foi, il fait son petit bonhomme de chemin dans ma tête.


Est-il réellement si difficile de résister à la pression sociale et de donner à lire des histoires de poupées, de poneys magiques et de fées aux petits garçons ?


Ce qui est sûr, c'est que je déteste le relooking de Merida, l'héroïne du dessin animé Rebelle (voir cet article de Slate) qui transforme la jeune fille volontaire et sportive en poupée de porcelaine éthérée et décérébrée. Voire décotelée (j'invente un mot si je veux).


 


Bref, qu'en pensez-vous ? Menez-vous des actions dans vos bibliothèques pour sensibiliser les parents à cette problématique ? Ou n'y avez-vous jamais pensé ?


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Euh, c'est peut être parce que j'ai des garçons mais en fait je n'avais pas vu les choses sous cet angle.


Je m'explique :


en général je me demande plutôt pourquoi l'éditeur a absolument voulu faire un truc de fille au lieu de faire dans le neutre.


A aucun moment il ne m'est venu à l'esprit que je pouvais bien filer des trucs "de filles" aux garçons et qu'ils n'en auraient rien à faire. En fait, je suis plutôt perpétuellement en recherche de neutre ... quand ça existe. Bon, ce qui me rassure, c'est que j'ai aussi tendance à fuir le rose pour les filles...


Ce que ça dit, c'est qu'on a déjà un gros travail sur nous même à faire avant tout.


 


Maintenant, en bibliothèque. Dans ma précédente expérience en jeunesse, tous les documents achetés avaient été préalablement analysés en comité de lecture. C'était la qualité de l'album qui primait et donc tout un tas de titres présentés dans l'article que tu cites étaient très loin de passer ce barrage. Bon, après ce tri,  il reste tout de même certains thèmes "de filles" ou "de garçons" mais en général pas pour les enfants d'age pré-verbal.


De toute façon, avant 2 ou 3 ans, les enfants n'ont pas conscience de leur sexe donc on ne peut pas partir du principe que tel ou tel sujet "genré" va où non leur plaire. Finalement, c'est plutôt à partir du moment où les enfants vont à l'école que les pratiques se différencient vraiment, et là, ils sont assez grands pour demander... et on se doit bien de répondre à la demande mais au moins on sait que l'album qu'on donne répond à un minimum de critères de qualités...


 


Un truc à faire : ne pas demander le sexe de l'enfant ! Bon c'est plutôt un truc contre lequel je me bâts dans les magasins de jouets mais voilà les dialogue du genre :


"- bonjour, je voudrais quelque chose pour un bébé de 6 mois


- C'est une fille ou garçon ?


- on s'en fout ! il a 6 mois ! " (et ça je peux le dire, quand je suis la cliente)


Peut être que nous même en bibliothèque on peut éviter de poser la question, on bien de préjuger en regardant l'enfant qui est devant nous pour proposer non pas quelque chose qui correspond à un genre sexuel mais quelque chose qui correspond à une maturité, à des centres d'intérêts.


Quelque part, c'est ce qu'on fait déjà quand on nous demande un livre pour un enfant de x années et qu'on répond que l'âge n'est pas une indication suffisante pour nous permettre de faire une proposition adéquate.


 


Attention, même s'il l'album n'est pas visiblement "genré" il y aura toujours de plus féministes pour souligner les stéréotypes présents dans la plupart des albums (où ce sont les mamans qui vont chercher les enfants à l'école, par exemple), après, les albums rendent aussi compte de la société dans laquelle on vit...


Je te signale au cas où l'existence des éditions Talents Hauts qui cherche à lutter justement contre les stéréotypes de genres dans la littérature jeunesse.


 


sensibiliser les parents ?


Ben euh, on peut proposer mais au final c'est à l'enfant et aux parents que revient le choix des emprunts, j'aurais l'impression d'outrepasser si je disais quoi que ce soit là dessus.

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En 2011 je suis allée à la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne et à la journée professionnelle. Le thème de la Fête du livre Jeunesse était "Filles et Garçons naissent égaux, certains plus que d'autres". Donc le genre, l'égalité entre les sexes, etc


Je n'ai pas encore eu le temps de reprendre les quelques notes que j'avais prises  mais j'ai retrouvé la bibliographie sur le Net :


http://mediatheques.villeurbanne.fr/pdf/biblio_FillesGarcons.pdf  Il y a une sélection pour les tout-petits


et http://cataloguebm.villeurbanne.fr/OpacWebAloes/index.aspx?idpage=430 (voir année 2011)

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@ Michmaa : Si tu as lu l'article, tu verras que Talents hauts est justement cité. Je trouve cet article vraiment bien tourné et intéressant.


 


@Sylvie Clair : merci pour les liens. J'ai entendu parler de cette journée professionnelle, je crois qu'une de mes collègues y avait assisté.


Modifié par Bouille
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On pourrait penser que ce genre de débat n'a plus lieu d'être, malheureusement quand on regarde une certaine partie de l'édition jeunesse, on se prend à se poser de sérieuses questions... Pour avoir fait il y a quelques années une expo de livres jeunesse datant des années 70 avec une collègue plus âgée, je dois dire que je suis restée scotchée par le culot de certains bouquins. Nous nous sommes dit toutes les deux qu'aujourd'hui, bien peu d'éditeurs oseraient publier des choses aussi "impertinentes" !


 


Donc je pense que la majorité des bib jeunesse boycottent au maximum le rose et les paillettes, mais c'est vrai que les demandes récurrentes du public sont toujours : "vous avez des livres de princesses ?" (voire même, il n'y a pas longtemps, demande d'une petite de 5 ou 6 ans "vous avez des livres avec des paillettes ?", comme si les paillettes garantissaient l'intérêt du bouquin ! au secours !!!), et bien sûr pour les p'tits gars "des livres de dinosaures, de camions, de pirates, etc.". Et il faut bien avouer que les demandes proviennent autant des parents que des enfants. Y a de l'éducation à faire, dès le plus jeune âge !!! Dans ce contexte, on ne peut qu'applaudir les éditions Talents Hauts et les petits bouquins type "Mlle Zazie"... mais sans le dire trop fort (nous avions publié sur notre blog un article sur le sexisme en littérature jeunesse qui fut jugé un poil trop "militant" par les instances supérieures... grrrr...)


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Nous avons proposé justement plusieurs animations en partenariat avec école et collège sur la thématique du genre cette année, notamment autour d'une expo proposée par le planning familial et Talents hauts : très intéressant, des enfants très réactifs qui avaient beaucoup de choses à dire. Il ne s'agissait pas bien sûr d'imposer un avis mais de faire réfléchir les enfants, c'était enrichissant dans les 2 sens je crois. un petit regret par rapport aux livres de Talents hauts, ils portent un véritable message certes mais l'aspect éducatif prime sur l'histoire, enfin ce n'est que mon avis. Je préfère beaucoup certains livres de Corentin comme Papa n'a pas le temps ou les Melle Zazie aussi !! Nous avons aussi proposé une bibliographie sélective, si quelqu'un est intéressé, c'est là :


 


D'accord avec Marita : "On pourrait penser que ce genre de débat n'a plus lieu d'être, malheureusement quand on regarde une certaine partie de l'édition jeunesse, on se prend à se poser de sérieuses questions.", en fait, j'ai même l'impression que c'est pire qu'il y a 10 ans, mais enfin c'est peut-être parce que j'y prête plus attention aujourd'hui. Heureusement c'est contrebalancé par d'excellents titres qui se retrouvent en bibliothèque !


 


D'autres liens :sur le sujet : http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=1757#nb21

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Honnêtement, quand je vois dans l'article la couv de Charlotte aux fraises dans les années 70 et la même dans les années 2010... Je préfère être une enfant des années 70 !!


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Ferris, je te sens énervé !!!


 


Sérieusement, il faut faire la part des choses, je suis d'accord. Et en plus, le bonheur c'est qu'on peut à la fois répondre aux demandes du public et proposer des livres de qualité, même sur le thème des princesses ! (une petite recherche par thème et hop ! :D )


 


Deux mots sur L'école des loisirs : Renardeau ne sort toujours pas (sauf sur conseil) et les couvertures sont toujours aussi peu alléchantes ! Pour l'anecdote, Le tueur à la cravate de marie Aude Murail a fait partie d'une sélection pour un jury ado : au bout de quelques temps, tous les livres avaient été empruntés au moins une fois sauf celui-là. A la question "pourquoi" la réponse a été sans appel : "la couverture ne donne pas envie". Et pourtant sur ce coup là, je trouvais qu'ils avaient fait un effort !


 


Pédagogie vs Médiation : le vocabulaire aussi évolue :wink:  ! Dans le fond, c'est vrai, c'est la même chose mais je préfère réserver la pédagogie pour le domaine scolaire et c'est vrai que même si nous travaillons en partenariat étroit, je souhaite toujours me démarquer de l'école, histoire de ne pas rebuter d'emblée les enfants qui n'aiment pas l'école ! (bon, c'est vrai que je ne parle pas souvent avec eux ni de pédagogie ni de médiation !)


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oups !!


 


je sors du sujet mais c'est vrai que ça fait vraiment du bien de pouvoir échanger sur ce forum !! Au sein des structures au personnel réduit, (plus que réduit) on a parfois l'impression d'être seul. Bien sûr, il y a les rencontres entre collègues pour les comités de lecture, les journées de formation etc mais au quotidien...

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Super biblio ! Elle est complète, je trouve, au sens de la couverture des différents thèmes. Merci Fabula.


 


Je me rends compte à la lecture des différentes réactions que sur le sujet, je me positionne plus en tant que parent qu'en tant que bibliothécaire.


Sans doute parce que je ne suis pas bibliothécaire jeunesse. Et donc, le fait que la question ait déjà été débattue dans la profession il y a 20 ans m'est passé complètement au dessus de la tête, parce que je n'ai pas été formée.


 


Cela dit, lorsque ma collègue du secteur jeunesse, pourtant bien formée, est rentrée de la journée pro de la Fête du livre de Villeurbanne citée plus haut, elle m'en a parlé en long, en large et en travers pendant plusieurs jours tant elle avait été assommée de découvrir à quel point la plupart des éditions jeunesses entretiennent le clivage des sexes. C'est un signe, je crois, que le débat n'est pas si dépassé et que le sujet mérite toujours une certaine dose d'attention dans notre quotidien...


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Oh, pour ce qui est des attentes du public, je crois qu'on a tous bien compris qu'on se tire une balle dans le pied si on n'y répond pas au moins en partie.


Il est vrai aussi que le sexisme dans les livres est un petit bout de lorgnette... Mais c'est le nôtre.


Je crois que les débats présents ou à venir sur l'homosexualité et l'homoparentalité (bon, chez nous, le débat est dépassé : Jean a deux mamans est dans notre fonds depuis longtemps !) sont des corollaires du sexisme : qu'est-ce qu'un père, une mère, ce qui les différencie... On est en plein dedans !


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j'ai sauté sur l'occasion de la journée de lutte contre l'homophobie du 17 mai (ou 18 ?) pour proposer des tables thématiques sur l'homosexualité en adulte et jeunesse et c'est curieux, le titre dans la collection Hydrogène L'homosexualité à l'adolescence a suscité vraiment l'intérêt des jeunes : beaucoup le consultaient sur place mais quand je passais par là, ils le refermaient rapidement, ni vu ni connu (enfin presue) ; de là à l'emprunter, on n'en parle même pas, des fois qu'on s'imagines des choses!!!! Ca ne fait pas avancer le débat, c'est juste une petite remarque et en plus si ça trouve, j'aurais réagi pareil à 14 ans ! Donc, je ne condamne pas loin de là mais ça me fait sourire !! (bon et puis c'est déjà bien de le consulter sur place !)


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Tiens, je viens de créer le terme "homoparentalité" dans notre BDD (on est en indexation libre, il n'existait pas encore).


 


Je digresse ? Meuh non, je boost. :tongue:


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Par ailleurs, il me semble qu'il y a eu une période où les parents étaient plus sensibles à la question de la mixité, sans y penser forcément d'ailleurs, la mixité était plus inscrite dans la mentalité peut-être plus dans certains milieux, ayant davantage accès à l'information et à la culture (il faut le reconnaître je crois) et qu'aujourd'hui, il y a un certain retour à la séparation des sexes, donc oui, restons vigilants !


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Absolument d'accord avec toi. La séparation des sexes est en train de redevenir une norme dans certaines familles... J'ai encore entendu il y a peu des parents dire qu'ils préféreraient des écoles non mixtes pour assurer la sécurité de leurs filles... Au secours !


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Tu as raison de nous le rappeler Ferris, car c'est bien vrai... Heureusement, les choses s'arrangent quand on arrive en romans jeunesse. et peut-être qu'il n'est pas plus mal que le travail ne soit pas abordé dans ce qu'il a de plus sombre dans les albums (à 4/5 ans il faut être enthousiaste face à l'avenir, sinon ça donne pas trop envie d'y aller !). D'un autre côté, ils font comment les enfants de chômeurs pour s'y reconnaître ?


 


J'aime bien l'expression mamie-confiture ! en tout cas, ça dit bien ce que ça veut dire ! A signaler quand même un très bel album chez Rue du Monde : L'histoire du renard qui n'avait plus toute sa tête de Martin Baltscheit (j'espère ne pas avoir écorché son nom), mais bon, c'est la famille qui s'occupe de lui, pas la maison de retraite, donc ce n'est peut-être pas très réaliste !!! ou Hop-là d'Isaku Fujimura


 


En règle générale, pas de problèmes sociaux dans les albums mais pire encore : sans parler de problèmes, on pourrait tout simplement représenter plus de noirs, d'arabes juste pour les inscrire dans le paysage "normal" de la France !


 


Le sexisme est une chose parmi d'autres, peut-être pas "peu" de chose :) ? L'autre jour, un gamin me disait qu'il avait honte quand une fille se montrait plus forte que lui dans n'importe quel domaine ! C'est grave quand même !!! C'était une "banale" discussion en dehors de la bibliothèque !


 


 


Mais c'est vrai qu'on parle plus de sexisme que de misère sociale, de vieillesse : parce que c'est plus facile ?

Modifié par fabula
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Autant je n'ai pas de problème à lire un livre sur le sexisme (pour faire court) à des petits, disons Quatre poules et un coq de Lena et Olof Landström, autant, je n'ai jamais pu lire Les petits bonhommes sur le carreau d'Isabelle Simon & Olivier Douzou à des petits, il est dans les bacs mais je ne l'ai lu qu'à des primaires...


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