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de la censure en bibliothèque


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Une lectrice de notre bibliothèque nous interroge pour savoir  si nous allons retirer les livres de G.Matzneff de nos collections.

 

Sans discussion entre professionnels , la responsable de notre établissement décide unilatéralement de céder à la pression et de les retirer du fonds.

Je considère que cette décision outrepasse les prérogatives des bibliothécaires. 

Qui sommes-nous pour agir ainsi : des magistrats ? des éditeurs ?

Notre devoir est de mettre à disposition de tous des ouvrages représentant la pluralité de l'édition et de laisser aux lecteurs la faculté de se faire un jugement.

Je considère qu'en agissant de la sorte , une ligne rouge est franchie : alors quand retirons-nous Nabokov, Céline, pourquoi pas Hugo pour ses prises de position sur le colonialisme.

Ce qui me désole le plus , c'est l'indifférence de réaction de mes collègues, aucune indignation.

Ne sommes-nous pas des garants de la liberté d'expression ?

Je crains que cet épisode ne soit que le premier d'une longue série de renoncements, et que la liberté ne se meure un peu plus chaque jour.

 

Un bibliothécaire désabusé.

 

 

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les ouvrages ont-ils été complétement retirés ,à savoir pilonnés, ou mis en réserve et toujours accessibles sur demande.

C'est un détail qui a son importance.

 

Effectivement, nous ne sommes pas magistrats et si les livres ont été achetés avant toute cette histoire (encore que ceux qui savaient étaient nombreux), il n'y a pas de raison de les pilonner tout comme Céline,  Maupassant (qui était un prédateur sexuel et dont les nouvelle sont tout de même l'apologie de l'exploitation féminine dans toutes ses dimensions...) ou encore Asimov.

De plus si nous voulons déconstruire ces déviances, comprendre comment cela a pu arriver il est important d'avoir accès aux textes.

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richard petit

@ Louve : vous ne répondez pas au problème posé par le collègue.

 

@Ulysse. J'ai rencontré le même problème. Un lecteur avait protesté contre le contenu d'un film documentaire sur la guerre d'Algérie qu'il trouvait trop critique de la politique de l'Etat français de l'époque. Réponse du responsable : retrait pur et simple du document de la collection, sans explication. Le même avait pourtant accepté l'acquisition d'un livre justifiant la lapidation des femmes et ignoré la protestation d'une collègue (musulmane). Ce qu'il y a d'intéressant dans ces situations, c'est qu'elles offrent l'occasion de quitter le terrain des professions de foi démocratiques et des indignations de la bonne conscience pour placer la controverse sur le terrain professionnel - en l'occurrence celui de la politique documentaire. Occasion ratée dans le cas que j'évoque. C'est peut-être une réponse à suggérer à votre responsable.

 

 

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Je vous remercie pour vos réponses.

Il est toujours utile d'échanger sur des questions qui touchent à nos valeurs professionnelles.-dela 

Je pense que nous devons poser des actes de résistance sur que la question de la  liberté d'expression .

Au-dela de cette affaire, c'est plus globalement le rapport à la censure qui est en jeu.

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Bonjour Ulysse

 

Le 22/01/2020 à 16:31, ulysse a dit :

Une lectrice de notre bibliothèque nous interroge pour savoir  si nous allons retirer les livres de G.Matzneff de nos collections.

 

Sans discussion entre professionnels , la responsable de notre établissement décide unilatéralement de céder à la pression et de les retirer du fonds.

Je considère que cette décision outrepasse les prérogatives des bibliothécaires. 

 

A part (et même) si ton responsable d'établissement n'est pas bibliothécaire, ça reste malgré tout un choix de bibliothécaire.

 

Est-ce que ça outrepasse les prérogatives de votre responsable ?

La réponse est non.

 

En particulier, en pleine période électorale, ou les élus sont sur des charbons ardents. Et ou le mot d'ordre est : pas de vague. Et pas de vague négative pour défendre un pédophile notoire.

 

Qui vient d'un courant comme celui-ci

Dès le milieu du XXe siècle, le statut particulier des intellectuels en France avait permis, à une époque où la majorité sexuelle était fixée à 13 ans (soit avant août 1942 pour l'homosexualité, et avant juillet 1945 pour l'hétérosexualité), à certains écrivains comme Henry de Montherlant ou André Gide d’assumer leurs goûts sexuels pour les jeunes garçons sans être inquiétés ou à d'autres comme Roger Peyrefitte, d’en retirer un succès de scandale dans les années 1950

https://fr.wikipedia.org/wiki/Apologie_de_la_p%C3%A9dophilie

 

S'il y a un peu de cohérence dans votre structure, il faudrait demander à ce que Gide, Montherlant et sans doute d'autres soient retirés des rayonnages.

 

Et là, toi ou d'autres, vous allez vite vous heurter au devoir d'obéissance.

Comme votre responsable y est sujet, vis-à-vis des élus.

 

Des élus qui décident des prochains budgets pour les années à venir.

Et qui peuvent reprendre en main la gestion de la collection ou contrôler/approuver les acquisitions s'il y a trop "d'incidents".

 

Ce qui met tout responsable de  bibliothèque entre deux choix : l'idéal du bibliothécaire avec le pluralisme de la profession ET la réalité budgétaire dépendante de la bonne gestion des relations avec les élus.

 

La réponse à ta question est donc moins simple qu'il n'y paraît.

 

Ne sommes-nous pas des garants de la liberté d'expression ?

 

Si nous étions autonomes et indépendants financièrement, alors nous pourrions être les garants de la liberté d'expression.

Enfin, on se comprend : garant d'une certaine liberté d'expression. Respectueuse de la loi et de l'acceptation des usagers, dans une limite budgétaire étroite.

(Sans compter l'auto-censure des acquéreurs qui ne veulent pas être pris en faute, dans des dépenses qui peuvent être jugées inadéquates ou stupides par leurs collègues.)

 

Donc une certaine liberté d'expression qui navigue dans un certain consensus de bonnes moeurs acceptées par tous. :frantics:

 

Le problème, c'est que les moeurs évoluent.

Les achats d'hier, en tout bonne foi, peuvent ternir l'image d'aujourd'hui.

 

Il reste alors trois positions possibles :

- éliminer le document : solution la plus directe et la moins coûteuse en temps

- Le mettre en réserve  : position plus nuancée et plus conservatrice.

- demander au public de voter et d'exprimer son choix sur le sujet : position pédagogique et démocratique, qui peut devenir extrêmement glissante si les gens s'écharpent entre eux.

 

Il y a bien celle de transmettre le problème aux élus, mais ce serait avouer que le responsable ne sait pas prendre la "bonne" décision.

 

Dans le troisième cas, que ce soit l'équipe ou le public, ça ne change rien au problème. On peut aboutir à des clivages profonds.

Comme on peut désabuser des subalternes en utilisant la solution 1, sans aucunes explications.

 

Ou même avec des explications ?

 

Serais-tu convaincu par : ce n'est pas le moment.

Ou plus insidieux : vous êtes pour défendre un pédophile reconnu ?

 

De la part de ta responsable.

 

 

Le 23/01/2020 à 11:43, ulysse a dit :

Je pense que nous devons poser des actes de résistance sur la question de la  liberté d'expression .

 

C'est exact.

Le tout est de savoir comment les poser, sans passer pour un emmerdeur résistant pénible.

 

Pour répondre, au plus juste, tu as l'éclairage de Louve

De plus si nous voulons déconstruire ces déviances, comprendre comment cela a pu arriver il est important d'avoir accès aux textes.

 

Tu remarqueras que tu peux la servir direct à un usager.

Cher Usager, "si nous voulons déconstruire ces déviances, comprendre comment cela a pu arriver il est important d'avoir accès aux textes."

C'est là où tu vois que Louve a déjà cogité sa réponse, si le cas lui arrive chez elle. ;)

 

On peut la rendre plus générique

Cher Usager, "si nous voulons déconstruire et comprendre le comment (du pourquoi) de XXXXX, il est important d'avoir accès aux textes/aux images/à l'information."

Vous ne croyez pas ?

 

En tout cas, merci à toi pour ton témoignage, qui en a attiré d'autres.

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Le sujet de la censure et de l'auto-censure a été débattu maintes fois sur ce forum depuis qu'il existe. Ceci pour ceux qui le lisent encore avant de poster.De Dieudonné (DVD)  à Reiser (exposition) en passant par Mein Kampf, ça déborde....Evidemment il faut chercher un peu.

 

J'ai un problème réel : on n'a aucun livre de Matzneff en rayons (c'est vrai). Je fais quoi ?

 

1) Ses ouvrages ne sont pas interdits et les éditeurs continuent à publier.

2) Des Maires en France interdisent et mettent au pilon.

https://actu.fr/hauts-de-france/pont-sainte-maxence_60509/pont-sainte-maxence-maire-retire-livre-gabriel-matzneff-la-bibliotheque-municipale_30732941.html

 

Censure ? Et en plus à 2 mois des municipales ? Peut-être, je n'ai pas d'avis. Ils sont dans leur droit puisque le Maire reste responsable de la politique d'acquisition. Il ne fait que nous la déléguer. Il peut donc nous la retirer ou l'amputer copieusement. Là encore des collègues, militants ou non formés,  ont été payés pour le savoir. Bien fait pour eux. Avis donc à ceux qui se posent de grandes questions ethico-pluralistes, comme s'ils étaient les décideurs suprêmes, et qui n'ont même pas de Charte des collections la plupart du temps.

3)L’écrivain fait l’objet d’une enquête pour viol sur mineurs, à la suite de la publication de l’ouvrage de l’éditrice Vanessa Springora, Le consentement. On attend les résultats de l'enquête ou non ? De toutes façons les editeurs nous precèderont...

4°) Je demande à mon élu ? Ce serait logique, sinon j'achète, et la semaine d'après il pilonne ? C'est idiot.

5) Je dis à mon public que je n'ai pas des moyens financiers enormes, qu'il faut faire des choix,  etc..., réponse classique et usée jusqu'à la corde, permettant de justifier n'importe quelle politique d'acquisition.

 

J'attends un conseil.

 

Un petit mot à @Louve. Je ne comprends pas bien ces amalgames avec des auteurs comme Maupassant, predateur sexuel etc.... Il faut être capable de contextualiser. Idem pour les colonialistes. TOUS les Français étaient colonialistes à l'époque de Jules Ferrry. Nous étions aussi esclavagistes etc...Sinon on est aussi stupide que les censeurs de base qui ont retouché les photos des Sartre et autres personnalités qui tenaient une cigarette à la main.

 

Or, j'ai vu sur des medias que l'on commence à parler de contexte particulier des seventies. Et c'est vrai que ce contexte est particulier Pivot a reçu Matzeff style tapis rouge, et pourrait de nos jours être condamné  pour complicité, et sur le service public en plus (Seule Denise Bombardier s'est opposée à l'époque) . Le contexte n'excuse rien, il est seulement là pour expliquer le pourquoi de certaines choses à une certaine époque. Nous ne contextualisons plus, on regarde le passé avec les yeux d'aujourd'hui. Tout est mis sur le même plan. C'est catastrophique. Cela nous mènera à des auto-censures énormes. Si ce n'est déja le cas...

 

Connais-tu la vraie vie sexuelle de Simone de Beauvoir, la papesse intouchable du féminisme ? Et après ? Te viendrait-il à l'idée d'interdire son oeuvre à cause de sa vie privée ? Evidemment non. Il ferait beau voir qu"on touche à Simone...

 

Car c'est toujours la même question en arrière fond : on condamne un écrit precis (comme des pamphlets antisémites de Celine), ou une oeuvre complète, ou on condamne un ecrivain, pour ce qu'il est plus que pour ce qu'il a écrit ? Parce que dans ce cas il va falloir interdire beaucoup de monde....

 

Bon alors, je fais quoi, grands esprits ? J'achète ?

 

Modifié par Ferris
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@Ferris

 

En parlant de Céline, Maupassant, je ne fais pas d'amalgame, je souligne le fait de contextualiser les propos et les écrits.

Et oui Simone avait de grandes qualités, une écriture que j'apprécie mais également des prises de position qui aujourd'hui ne passeraient pas du tout parce que l'époque a changé. Et Simone, si elle était encore là aurait peut-être  un autre regard sur ce qu'elle était  car on évolue dans une vie.

Loin de moi l'idée de pilonner de grands textes, de les rendre totalement invisibles en raison de la vie des auteurs; une telle attitude serait inacceptable. Nous n'avons pas à supprimer des textes antérieurs qui aujourd'hui nous gênent car la société, la sensibilité ont évolués. Conserver ces textes ce n'est pas nier l'évolution de la société, ce n'est pas légitimer des actes et/ou paroles intolérables de nos jours; conserver ces textes c'est mettre en évidence que rien n'est figé, que les sociétés évoluent.

J'en reviens à la déconstruction et à la contextualisation.

 

Pour nous prémunir, la charte des collections est essentielle en ayant toujours à l'esprit qu'elle est signée, validée par la tutelle.

 

Concernant Matzeff, nous avons deux titres dans nos collections, nous avons décidé de les conserver. Ce n'est d'ailleurs pas le public qui s'est questionné mais les bibliothécaires.

Nous avons considéré que ces textes ont été acquis avant l'agitation actuelle, qu'ils sont en secteur adulte, il n'est pas question de les pilonner.

 

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