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Invité Cédrat

Expliquer aux élus : pourquoi nous faisons ces choix d'acquisitions

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Invité Cédrat

Bonjour,


 


on m'a demandé de "motiver" mes choix d'acquisitions, de tels ou tels ouvrages, pourquoi ne supprimerait-on pas des magazines au profit du numérique, etc...


 


Certains, parmi vous, ont-ils eu des demandes identiques ?


Et comment vous y êtes vous pris pour y répondre ? 


Merci pour vos réponses...


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Géraldine Debus

aujourd'hui 95% des lecteurs de fiction lisent sur du papier, le numérique n'est pas encore dans leurs pratiques quotidiennes; la presse numérique peut tout à fait cohabiter avec de la presse papier, dont les publics sont très gourmands (exemple à Moulins 200 abonnements et un salon de lecture toujours très utilisé); et pour éviter cette position délicate vis à vis des élus, je travaille actuellement sur la rédaction de la politique documentaire (charte des collections, schéma général d'orientation etc.); des documents à faire valider par les élus, qui seront donc au courant de comment se passent les acquisitions en bib; dans un récent stage pol doc, on nous disait que la presse allait évoluer vers le numérique mais laissons le temps aux gens de s'approprier ces outils et ces pratiques, nous sommes dans notre rôle en les accompagnant vers ces évolutions !


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Ferris

on m'a demandé de "motiver" mes choix d'acquisitions, de tels ou tels ouvrages

 

Pour les périodiques, la réponse de Geraldine est effectivement la bonne : il faut y aller très doucement, en fonction aussi de la composition (âge notamment) de ses publics. Et cela peut vouloir dire, sur certains titres, tenter le doublon papier + numérique, pour voir ce que cela donne.

 

Pour les ouvrages, le principe "acheter moins mais acheter mieux" doit se retrouver dans les poldocs, suite aux contraintes budgétaires. Tout d'abord ta charte des collections peut comporter des exclusions (nous n'achetons pas tel et tel type de documents....) ainsi que des tendances (nous privilégions les litteratures populaires etc...) et la notification de moyens (comment tenons-nous compte des suggestions du public, quel moyen nous nous sommes donnés pour recueillir ces suggestions, quel part budgétaire nous y consacrons etc...)

 

La question qui va se poser c'est non pas directement la justification d'un choix livre par livre, on n'en finirait pas, mais de savoir quel cap nous suivons, tant pour la fiction que pour les documentaires. Les choix, validés par les élus, apparaîtront judicieux ou non en fonction d'un critère simple : le nombre de documents de l'année non sortis. Avons nous encore les moyens d'acquérir des ouvrages qui ne sortent pas ? Sous-entendu : avons-nous encore les moyens d'être prescripteurs de 90% des acquisitions sans tenir compte des goûts du public ? Quelle proportion de nos achats pouvons-nous encore consacrer aux achats "découverte" ? La question sera d'autant plus cruciale que les budgets baisseront, donc tout dépend de chaque bibliothèque et de ses moyens.

 

Se souvenir de la règle de Trueswell : 20% des fonds produisent 80% des prêts. Ce qui veut dire que 20% de tes acquisitions produiront l'attractivité nécessaire.

 

Si tu te plantes sur ces 20%...

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B. Majour

Bonjour Cédrat


 


Ah, j'adore ce genre de question : "pourquoi ne supprimerait-on pas des magazines au profit du numérique ?"


 


Ma première réponse, immédiate : cela a-t-il été envisagé à la Mairie ?  (gazette des communes, journal local, autres)


Si non, pourquoi ?


 


Sans doute parce que... Premier avantage du papier, le papier peut circuler entre les services, on peut le surligner, et le papier on peut le conserver longtemps... Avec l'abonnement informatique : on arrête l'abonnement, on n'a plus accès à rien. 


 


Le problème de l'abonnement informatique suppose au moins quatre points :


- que cet abonnement existe... ce n'est pas le cas pour tous les journaux.


- que tout le monde puisse y accéder et non pas une seule personne


- que le tarif soit identique (si on se base sur la pratique du prêt numérique ebook et autres, avec la tarification établie suivant le nombre d'usagers, on risque d'avoir des surprises)


- et que tout le monde ait un accès Internet.


 


Là, on touche un point névralgique. Est-ce que tout le monde a bien un accès Internet ? (combien sur la commune ne l'ont pas, le maire sait-il combien ?) Qui prive-t-on ? si ce n'est les populations à faibles revenus ou les personnes âgées ?


Est-ce que la bibliothèque est destinée à servir tous les citoyens de la commune, ou bien seulement une partie d'entre eux ?


 


(Et poum, en pleine fracture numérique :yes:)


 


Donc, là, déjà on a une justification évidente des titres choisis avec soin par le bibliothécaire.


Et je ne cache pas non plus l'idée que lire sur écran n'est pas la même chose que lire sur papier.


 


Une petite étude à l'appuihttp://leplus.nouvelobs.com/contribution/1297029-lire-sur-tablette-empeche-de-bien-dormir-le-sommeil-est-moins-profond-et-moins-reparateur.html


 


On peut aussi étayer l'argumentation avec ce qui suithttp://fr.wikipedia.org/wiki/Lecture_sur_écran


voir le paragraphe : "Les conséquences de la lecture numérique"


 


 


Autre point qui va enfoncer le clou... mais au fait, pourquoi passer au numérique, alors qu'une grande partie de l'édition numérique est déjà libre d'accès sur le Net ? Ceux qui utilisent le numérique n'en ont donc pas besoin puisqu'il y ont déjà accès.


 


- Donc, si des usagers viennent le lire à la bibliothèque, c'est bien parce qu'ils n'y ont pas accès ailleurs !!!


Et c'est eux que vous voudriez priver ?


 


Sachez-le tout de même, un magazine non lu, j'en supprime l'abonnement aussitôt.


 


 


La question "pourquoi ne supprimerait-on pas des magazines au profit du numérique ?" est donc à réinterpréter comme suit :


Qui va-t-on priver au profit du numérique ? Numérique qui est déjà disponible par ailleurs pour les fans dudit numérique.


 


- Maintenant, monsieur le maire, si vous voulez que nous parlions du numérique et du coût des abonnements pour des ebooks, la musique en direct ou la VOD je crains qu'il ne soit nécessaire d'augmenter quelque peu le budget... pour 10-15 % de la population. Soit autant que les personnes âgées qui vont être impactées par la suppression du format papier.   :wink:


 


 


On peut aussi justifier que les journaux attirent des lecteurs, qui ne viennent pas que pour la presse.


Et il me semble facile de sortir les statistiques de prêts titre à titre. Sur une année, certains titres sortent plus que des romans ou sont plus lus sur place, d'où l'idée d'avoir des journaux plutôt que des romans.


 


Il vaut mieux diminuer le nombre de romans ou la doc que diminuer la presse... sauf bien sûr pour les journaux qui sortent moins que la moyenne des romans.


 


Là aussi, c'est une notion à expliquer aux élus. (et peut-être aussi à soi-même  :D)


Tu as des chiffres de prêt, tu peux (tu dois) t'en servir. C'est une excellente manière de justifier tes acquisitions, Cédrat. :thumbsup:


Les élus ne savent pas, ils n'ont pas les chiffres. Toi, tu les as.


 


Et pose la question qui fâche : combien de lecteurs en mairie pour leurs abonnements ?


Pourquoi ne pas supprimer d'abord ceux en mairie...   :hyper:


   Bernard

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Ferris

Bernard, ton raisonnement pêche par excès de critères. Du point de vue de la construction d'un argumentaire pour les élus, il ne faut pas mélanger les choses : De deux choses l'une : ou bien on considère la population à desservir potentiellement, et là on peut tenir compte de l'équipement des ménages, de la fracture numérique, de la paupérisation d'un canton, du nombre de chômeurs  etc...(d'autant plus que si les impôts locaux augmentent ce sera pour tout le monde), ou bien on considère la population inscrite ou fréquentant la mediatheque à un instant T qui nous est donné par les stats annuelles.


 


(Bien que là, on a toujours le problème du prêt de periodiques, sachant que ce chiffre ne constitue qu'une partie de l'utilisation, qui se fait pour l'essentiel en lecture sur place, non comptabilisable. Alors que la lecture sur écran sera comptabilisable, et ajoutable au prêt papier, c'est à noter au passage : les élus auront un chiffre global plus fiable qu'aujourd'hui, et les bibliothécaires aussi)


 


Dire que si les gens viennent lire le journal à la mediatheque parce qu'il ne veulent pas l'acheter n'est jamais venu à l'esprit de personne. C'est une évidence. Idem pour les livres. Ou parce que c'est trop cher etc..


Par contre dire qu'en prenant (ou en ne prenant pas) un abonnement numérique, on prive une certaine population d'un accès à la presse n'est pas cohérent, sauf à considérer que nous mettrions toute la presse en numérique et uniquement, ce qui est exclu pour l'instant.


 


Numerique ou papier, ceux qui estiment ne pas avoir besoin de la bibliothèque actuellement pour ce service et donc n'y viennent pas, n'en seront pas plus "privés" , que nous la proposions en papier ou en numérique ou les deux.


 


On peut aussi imaginer, dans le futur proche, une bibliothèque qui ne proposerait encore que du papier et envisager que ce choix ringard fait fuir tout un public, existant (on le mesurerait alors) ou potentiel, chez les ados ou autres adeptes du "tout sur mon portable". Mais on en est pas là.


 


On se base donc pour ce type d'argumentaire non sur une population mais sur le lectorat existant, et, faute de mieux, sur les prêts (qui ne concernent que les inscrits actifs, les non-inscrits pouvant entrer et lire sur place).


 


Au passage, demander aux élus s'ils envisagent une consultation numérique gratuite ou s'il faut la carte, et comparer avec la situation actuelle. Chez nous par exemple, on peut lire sur place sans être inscrit, mais il faut l'être pour se connecter. C'est un réel problème, sauf si la carte est gratuite. En cas de carte payante, on crée un véritable clivage en interne : le papier pour les pauvres et le numérique pour les riches. Pour le même contenu.


Modifié par Ferris

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Invité Cédrat

Merci pour vos conseils.


 


Je me suis, d'ores et déjà, attelée à la constitution d'une charte : cela me semble indispensable pour commencer et je vais éplucher très précisément mes stats mais je ne pense pas que ce soit le vrai provlème.


En fait, ce n'est pas l'élu qui me demande tout cela mais mon directeur à la Culture. Il dit "anticiper" les questions des élus (sauf que mon élu à la culture est beaucoup plus ouverte et attentive à ce que nous disons et accepte bien volontiers nos suggestions).


 


En fait, il me parle de supprimer les abonnements aux magazines papiers pour récupérer cet argent et le transférer dans l'achat de tablettes (pour en faire quoi ? : ebooks, sélections d'applications, navigation internet mais sans wifi ! , on ne m'a pas vraiment expliqué...), de ne pas acheter les suites des séries au profit de purs nouveautés... (les Lévy, Musso etc)  


Si j'ai bien compris, il se peut même que les élus m'indiquent des titres pour les prochains achats... :ermm:


 


Comme j'ai pu le constater dans d'autres posts, je ne suis pas la seule à faire face à ces "questions" de la part de chefs/élus (je suis seule sur la bibliothèque avec une animatrice et des bénévoles). Je ne veux pas paraître parano, mais j'ai quand même l'impression que l'on met en doute mon travail de technicienne...


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B. Majour

@Ferris


 


Numerique ou papier, ceux qui estiment ne pas avoir besoin de la bibliothèque actuellement pour ce service et donc n'y viennent pas, n'en seront pas plus "privés" , que nous la proposions en papier ou en numérique ou les deux.


 


Non, Ferris, moi je parle des lecteurs de la bibliothèque à qui on va supprimer leur abonnement... parce qu'ils n'iront pas lire sur une tablette ou sur Internet (les anciens en particulier). Je ne parle pas de ceux qui ne mettront jamais les pieds à la bibliothèque pour X ou Y raisons. Je parle des 25 à 30 % de citoyens intéressés par la bibliothèque.


 


On peut aussi imaginer, dans le futur proche, une bibliothèque qui ne proposerait encore que du papier et envisager que ce choix ringard fait fuir tout un public, existant (on le mesurerait alors) ou potentiel, chez les ados ou autres adeptes du "tout sur mon portable". Mais on en est pas là.


 


Le truc, c'est qu'on est au niveau d'une charnière entre le numérique et le papier. Les habitués du papier sont encore nombreux (et c'est tant mieux, parce que plus de papier ou de CD/DVD = plus de bibliothèques physiques, soyons honnêtes sur cet horizon, ce qui ne veut pas dire plus de bibliothécaires).


 


La question de l'élu se résume donc à : il faut déshabiller Paul pour habiller Jean... sans se préoccuper, d'ailleurs, de savoir si Jean est intéressé par les vêtements de Paul. Ou même, comme tu le sais dans cette période de restriction budgétaire, sur quoi peut-on rogner ?


Parce que derrière la question du numérique, c'est tout à fait ça qui se cache. On change pour du numérique... qui ne fonctionne pas et on supprime le numérique ! Sans remettre le papier. Cool au niveau des économies. (Oui, moi aussi je sais faire des économies :thumbsup:, j'ai lu Machiavel et je sais l'appliquer)


 


Pour un maire, j'aurais mis une seule page, en montrant - chiffres à l'appui - que supprimer la presse, ce n'est pas du tout la bonne solution. Pour un élu culture, ou pour un directeur qui veut en savoir plus, je lui aurais mis la totalité + le coût des abonnements numériques + le nombre de personnes intéressées par ce type d'accès (avec tous les problèmes de DRM et de confort)... sans compter les problèmes de lecture de BD sur ces tablettes de taille ridicule... qu'il soit au courant de la réalité.


 


Tu sais, je serais vache aussi : je lui demanderais s'il utilise une tablette ou pas.


Parce que bien souvent, les gens n'en utilisent pas. Ou lorsqu'ils le font, ils me disent qu'ils préfèrent un livre pour des raisons de toucher, de taille d'écriture, etc. Et ce ne sont pas les anciens qui me le disent.


 


Après, au niveau du numérique, j'ai mon expérience des ressources proposées par la BDP face à celles de Youtube ou Dailymotion ou autre. Pour moi, en tant qu'utilisateur, le choix est évident : c'est gratuit, c'est riche, c'est simple d'accès, sans DRM... il faudrait vraiment que je sois con pour utiliser une offre réduite à 10 % de la même sélection, en devant montrer papatte blanche et en installant pas moins de trois logiciels DRM qui me disent toutes : "écoute sale voleur, on t'a à l'oeil".


L'intérêt d'avoir une telle offre à la bibliothèque est nulle ! (et en sus elle est payante !!! :sick:)


 


Il vaut cent mille fois mieux indiquer aux gens les bonnes vidéos... sans rien supprimer à ceux qui utilisent la bibliothèque !


Et il plus profitable, pour l'avenir, de créer une bibliothèque de vidéos locales (vidéos, images, sons) non disponibles sur le Web que de perdre son temps à explorer des offres payantes aussi faibles d'intérêt. (Mais bon je rêve peut-être tout haut :cool:)


 


Bref, le numérique, c'est chouette, c'est beau, c'est neuf ! Mais les élus (ou directeur culturel) n'en voient pas les inconvénients... il faut bien que quelqu'un les informe. :D


 


Sauf si la manoeuvre cache autre chose, bien sûr.


Restons lucides.


  Bernard

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B. Majour

@Cédrat


 


Oui, je crois bien qu'on met en doute ton savoir... et aussi le goût du public. :wink:


 


Les chiffres sont très puissants à ce niveau, et avec eux tu peux prouver que les suites sont importantes à préserver.


Et si on joue un peu au taquineur de service, pas difficile de faire un rapport


 


Nombre de prêts / budget d'acquisition de l'année, ce qui te donne le nombre de personnes satisfaites par euro.


 


Exemple 20000 prêts pour 5000 euros d'acquisition. 1 euro satisfait 4 personnes.


 


Ce qui amène à dire. Si on investit 10 000 euros sur une fête durant l'été, il faut qu'elle draine 40 000 personnes pour être aussi rentable financièrement que le budget de la bibliothèque.


 


Sur le plan purement rentable, il vaut mieux diminuer le budget de la fête que de toucher au budget de la bibliothèque.


Idem pour toutes les activités culturelles de la commune. Spectacle à spectacle, on peut regarder la "rentabilité".


 


S'il faut défendre son steak, on le défend. Bec et griffes sorties :D


  Bernard


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Ferris

Le calcul de Bernard est très pertinent (et impertinent si on le présente comme ça aux élus...surtout en comparant aux fêtes de village :D ).


Dans ta charte des acquisitions, il est fondamental que tu définisses tes critères d'acquisition (j’achète quoi, pour qui, en utilisant quels outils, et avec quelles priorités et quelles exclusions) et tes objectifs. L'objectif financier par exemple, c'est qu'aucun livre acquis dans l'année (calculer de mars à mars, donc sur le critère d'une année budgétaire) ne génère aucun prêt, et que chaque livre génère donc un maximum de prêts. Et là tu peux indiquer le coût d'un livre qui atteint son objectif par exemple. Le prix moyen d'un livre de littérature générale est actuellement, remise déduite, d'environ 16 euros. S'il génère 1 prêt, le coût-satisfaction d'un lecteur est de 16 euros. S'il génère 10 prêts, le coût est de 1.60, etc...L'objectif est donc d'optimiser l'amortissement d'un achat par la genération d'un maximum de prêts. Pour 50 prêts (difficile à tenir au delà sur une année vu les durées de prêts) le coût est de 32 centimes. A toi de fixer des objectifs tenables et de définir la pertinence financière d'un achat annuel, en tenant compte de la somme correspondant aux achats qui n'ont génèré aucun prêt. Plus ton résultat final sera proche de ton objectif, plus la pertinence de tes achats sera probante.


 


Après tu laisses les élus choisir tes livres pendant un an, et tu compares en réunion bilan. Salez, poivrez et servez chaud ! :tongue:


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Franck Sanka

Nombre de prêts / budget d'acquisition de l'année, ce qui te donne le nombre de personnes satisfaites par euro.

 

Exemple 20000 prêts pour 5000 euros d'acquisition. 1 euro satisfait 4 personnes.

Ce qui implique donc que chaque usager n'emprunte qu'un seul document par an. Vraiment crédible ?

Pour avoir un nombre de personnes à l'arrivée, faut un nombre de personnes au départ. Donc les emprunteurs actifs (pas les inscrits...).

Quelque chose me dit que la fête du village devient intéressante (sans parler des recettes de la buvette

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Ferris

Plus sérieusement, on n'est malheureusement pas loin de certaines vérités. Quand un élu qui vient nous annoncer une baisse des budgets d'acquisition et nous demande : qu'est-ce qu'un bon livre, pourquoi tant d'ouvrages ne sortent jamais etc...ce qui sous-entend que notre politique d'acquisition n'est peut-être pas assez performante, nous sommes bien obligés de rentrer dans ses logiques comptables. Un bon livre est un livre qui sort. S'il ne sort pas c'est qu'il n'était pas adapté.  à nos public, donc ce n'est pas un bon achat. La valeur intrinsèque du livre, sa qualité littéraire, ne sont plus des arguments recevables. Un produit qui ne se vend pas est rapidement retiré des étals des commerces.


Donc cette idée de comparer le coût réel des acquisitions de l'année au coût pondéré par le nombre de prêt de l'année (appelons ça une pondération-satisfaction lecteur), et de considérer que plus l'écart entre le coût réel et le coût pondéré est fort, plus notre politique d'acquisition est bonne, est assez difficile à nier.


Les arguments consistant à dire que notre mission consiste aussi à faire faire des découvertes au lecteur, de tenter des auteurs moins médiatisés, des premiers romans etc..et que cela peut générer moins de prêts, voire des prêts zéro, mais que c'est la règle du jeu en termes de missions d'une bibliothèque, ne pèsera pas toujours très lourd dans la balance. Ou de moins en moins.


C'est une question d’équilibre dans les acquisitions : si l'on achète suffisamment de documents à fort taux de sortie pour éponger le déficit de prêt des autres, on ne risquera pas l'interventionnisme des élus. Dans le cas contraire on s'expose à la critique et à des argumentations de type rentabilité.


Acheter moins mais acheter mieux, c'est aussi accepter de rentrer dans ce jeu là et de revoir les proportions d'acquisitions, sans pour autant tomber dans les bibliothèques Best-sellers ni dans la médiocrité, mais considérer que la satisfaction des publics est désormais l'argument majoritaire.


Le temps où un bibliothécaire pouvait s'enorgueillir de la seule qualité littéraire de ses fonds, quel qu'en soit le taux de sorties, est terminé.

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B. Majour

@Franck Sanka

> Exemple 20000 prêts pour 5000 euros d'acquisition. 1 euro satisfait 4 personnes.

Ce qui implique donc que chaque usager n'emprunte qu'un seul document par an. Vraiment crédible ?

Non, ça parle d'euros investis et de personnes satisfaites.
Sans calcul de population.

C'est pour avoir une base commune de mesure.
Et de mettre un peu les pieds dans le plat : faut-il investir dans une fusée de feu d'artifice évanescente ou investir sur du long terme ?

Après, ce n'est qu'une façon de calculer.
On peut, comme tu le proposes, calculer par rapport au nombre de personnes fréquentant la bibliothèque, et personnes fréquentant la fête du village.

Ce qui change, ici, c'est que ça ne dit pas ce qu'il serait facile de supprimer, ou pas. (sur un budget municipal)

Si tu préfères, on peut aussi utiliser cet outil dans une bibliothèque

- X euros investis dans les BD valent-ils X euros investis dans les beaux livres ?

A le pratiquer genre par genre, on sait ce que ton public préfère et agir en conséquence.
(Même si ça va fonctionner en courbe de Gauss, avec un optimum, après lequel surinvestir est contreproductif)

 

Pour avoir un nombre de personnes à l'arrivée, faut un nombre de personnes au départ. Donc les emprunteurs actifs (pas les inscrits...).

Difficile avec une fête de village qui draine les populations alentours.
Et aussi difficile si les autres villages offrent le même genre d'activités au même moment.
(D'où l'idée intelligente de décaler les feux d'artifices entre villages voisins, par exemple)

Quelque chose me dit que la fête du village devient intéressante (sans parler des recettes de la buvette)

Là, tu poses la question d'un retour sur investissement, possible avec une buvette... si les sommes reviennent bien à la commune. Ce qui diminue le coût initial.

Mais, de nouveau, on peut rajouter le coût des services municipaux investis pour dresser les tentes (trois semaines l'avance), pour nettoyer les déchets (durant la semaine suivante), plus le coût en eau des toilettes publiques (oui, la buvette possède des effets pressants), plus les autres coûts de mise en place de la fête : invitations, courriers, etc.

Après, tu as la notion de notoriété dans les journaux et au niveau départemental, et ça, ça n'a pas de prix pour certains élus !
D'où la fête est "absolument nécessaire".

Sauf que ça ne t'aide pas à défendre ton budget de bibliothécaire. :wink:

Ni ne défend tes choix d'acquisitions.
  Bernard
 

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Bouille
...comparer le coût réel des acquisitions de l'année au coût pondéré par le nombre de prêt de l'année (appelons ça une pondération-satisfaction lecteur), et de considérer que plus l'écart entre le coût réel et le coût pondéré est fort, plus notre politique d'acquisition est bonne...
 
 
J'ai une question à ce propos Ferris : quelle formule utilises-tu pour ce calcul de coût pondéré par le nombre de prêt ? Je trouve que c'est intéressant à proposer...

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Ferris

Si tu acquiers 100 romans au prix moyen de 16 euros, ton coût réel est de 1600 euros. Bon. Ils ont généré 226 prêts. Bon, en général, on s'arrête là, on calcule son taux de rotation, ici 2.26, et basta.


 


Si on veut regarder de plus près, on fait un tableau excel à 4 colonnes: nombre d'ouvrages n'ayant généré aucun prêt, 1 prêt, 2 etc.., coût réel, coût moyen du doc, coût total pondéré.


Si 10 ouvrages n'ont généré aucun prêt le coût réel est de 160 euros, le coût pondéré idem. Le coût moyen du livre est de 16 euros.


Si 40 ouvrages ont généré 1 prêt, pareil, soit 40 prêts, coût réel et coût pondéré 640 euros. Coût moyen du livre reste de 16 euros.


Si  22 ouvrages ont généré 2 prêts, soit 44 prêts, le coût réel 352 euros,  coût pondéré 176. L'ouvrage passe à 8 euros.


Si 15 ouvrages ont généré 4 prêts, soit 60 prêts, coût réel 240, coût pondéré 64. Le coût moyen passe à 4 euros (240/60).


Si 12 ouvrages ont généré 6 prêts, soit 72 prêts, coût réel 192, coût pondéré 54. Le coût moyen passe à 2.66 euros


Si 1 ouvrage a généré 10 prêts, soit 10 prêts, coût réel 16 euros, coût pondéré 1.60.


 


Au total tu as un coût réel de 1600 et un coût pondéré par les prêts de 1095. Soit un bonus de pondération assez minable. Tes 50 ouvrages à zéro ou 1 prêts ont plombé tes résultats. Et ils représentent tout de même la moitié de tes acquisitions ! Et n'ont généré que 17% de tes prêts totaux. Comment s'expliquer devant l'élu soupçonneux de la bonne utilisation des deniers publics ?


 


Là où ça devient intéressant, mais aussi très dangereux, c'est quand tu crées une colonne supplémentaire te donnant le titre et le genre de chaque ouvrage. Parce que là, on voit immédiatement quel type de document rentabilise le plus ton budget de 1600 euros. Et inversement. Et ces ouvrages-générateurs automatiques de prêts bonificateurs, nous les connaissons tous, je ne te fais pas un dessin, ma Boubouille de 5h du mat... :)


 


Seule explication possible devant l'élu (ou le DAC) naïvement étonné que nous n’acquérions pas davantage de ces ouvrages : sortir du calcul annuel (acquisitions de l'année, prêts de l'année, avec en général un décalage, étant donné qu'on ouvrage acquis en novembre , on peut lui laisser le temps de se faire connaître jusqu'en mars: donc prêts de mars à mars sur budget annuel de janvier à décembre) en argumentant du fait que certains ouvrages mettront peut-être deux ou trois ans à générer des prêts, parce qu'ils sont moins connus etc..., et que c'est donc une question de valorisation, ce qui n'est pas faux, (mais la base de calcul annuelle acquisitions/prêts ne veut alors plus rien dire et on retombe alors dans le bon vieux taux de rotation prêts de l'année sur fonds total, qui satisfait souvent à bon compte...)


 


Ou modifier tout de même ses acquisitions pour trouver un équilibre honnête, mais de toutes façons plus serré que du temps où les vaches étaient grasses et les élus lointains. Les diminutions budgétaires en littérature générale ne sont apparemment pas encore assez fortes pour que cela devienne un vrai problème et j'ai constaté que les équilibres, budgétaires, entre ouvrages à faible taux de sorties et ouvrages à fort taux ne sont pas vraiment modifiés par rapport aux époques précédentes.


 


Cela arrivera. Question de choix-lecteur : là où je pouvais acquérir 100 documents et me permettre 20% de déchets, le fait de n'en acheter 50 par contrainte budgétaire, sans modifier ma répartition, donc en conservant toujours 20% de déchets, diminuera le choix du lecteur et ne sera plus tenable.


 


80% des prêts portent sur 20% des fonds, nous dit une vieille loi bibliothéconomique. A nous de faire en sorte que ces 20% restent aussi attractifs le jour où mon budget diminuera de 40% par exemple. Et c'est bien un rapport de quantité/attractivité qui s'instaurera, car à nombre de lecteurs constant, le nombre deviendra fondamental.


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Bouille

Merci beaucoup, Ferris, c'est vraiment intéressant.


 


En effet, la colonne supplémentaire peut être dangereuse : une courte vue électorale (pléonasme !) peut amener à des acquisitions qui feraient d'une médiathèque une librairie de gare. Ce n'est pas un mal en soi, mais dans ce cas, on n'est plus bibliothécaire. Disons que cette colonne nous est très utile à nous qui gérons les fonds, mais à personne d'autre dans la plupart des cas.


 


Pour le tableau de pondération, on peut peut-être prendre les acquisitions d'il y a 2 ou 3 ans parallèlement aux acquisitions de l'année, comme ça on a une idée de l'évolution du coût pondéré des docs avec le temps.


 


Cédrat, cela te donne un outil utile, en plus de ta charte politique documentaire. Si tu le développes devant les élus, cela peut peut-être les impressionner (et les faire changer de lunettes à propos tes compétences...).


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Ferris

En théorie tu as raison : il faudrait prendre les évolutions sur plusieurs années, un document n'ayant fini de générer des prêts qu'au bout d'un certain temps. Le problème c'est que les budgets sont annuels et sont en phase de modification (vers le bas). A l'époque où on jouait quasiment sur des budgets constants, voire à la hausse ( au moins répercutant la hausse des prix), le calcul aurait eu du sens. Aujourd'hui on va vers des évaluations à l'année. Parce que certains budgets perdent 10% par an, voire davantage. Et que c'est à nous de dire "stop" à un moment en faisant comprendre aux élus qu'en dessous d'un certain chiffre on perdra du lectorat (la norme d'augmentation des fonds reste à 7.5% de plus par an mais ça fait un moment qu'on y arrive plus...).


Et au moment où on tient ce genre d'argumentation, l'élu commence à s’intéresser de plus près aux taux de sorties annuels, et non sur la durée. Il se fout de savoir si un ouvrage produira encore des prêts dans deux ans. But de l'opération : est-ce que je peux encore leur diminuer le budget l'an prochain ou est-ce que ça risque vraiment de couler le bateau.


A nous de défendre l'idée qu'aucun achat ne peut garantir un taux de prêts maximal, à moins de bestselleriser totalement les acquisitions et d'avoir un coût pondéré de 1.60 par ouvrage sur l'année, chaque ouvrage produisant 10 prêts annuels au minimum par exemple.


Le problème c'est que l'élu trouvera qu'un best-seller c'est très bien : c'est demandé par la majorité du public et ça génère un maximum de prêts. Réflexion possible d'un élu : d'ailleurs, quand c'est très demandé, vous en achetez bien un deuxième exemplaire, non ?


Ben oui, ça arrive...


Et deux best-sellers à 1.60 valent mieux que 10 premiers romans à 16 ou 8 euros, ou même un seul.


 


Echangeriez-vous votre baril d'Ariel contre deux barils de lessive X ? Non dit le Bibliothécaire. Oui, dit l'Elu, tout ça c'est de la lessive.


Modifié par Ferris

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Louve

Il y a la charte et la poldoc sur lesquelles nous pouvons nous appuyer.


 


Ce qui me paraît essentiel est de faire confiance à nos élus (bon, sauf cas extrêmes) et de leur expliquer clairement, honnêtement pourquoi nous achetons tel ou tel document, ce que ça apportera sur le long terme.


 


Et surtout insister sur le fait que le taux de prêt est un indicateur parmi d'autres et que les autres sont tout aussi intéressants. 


J'ai la chance d'avoir des compteurs d'entrée et de sortie, d'avoir des outils qui permettent d'analyser et d'objectiver chaque action que nous menons. Je m'appuie sur ces données quand je discute avec ma hiérarchie et mes élus et cela paie. 


Notes de synthèse, mémos, analyses.... cela me prend du temps mais cette transparence, cette pédagogie portent leurs fruits.


 


Dans le même temps, il nous faut aussi être honnêtes avec nous même et nous poser la question de ce que l'on achète et pourquoi.


Parce que mine de rien, cette question, nous ne nous la posons pas toujours....

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Ferris

Tout ce que tu dis est exact et un brin paradisiaque. Honnêteté et compréhension mutuelle, documents de référence bien consensuels, budgets confortables et élus compréhensifs, etc...Je connais, j'ai vécu ça aussi. Mais ça, c'était avant que les budgets ne s'effondrent et que les questionnements arrivent...précisément chez des gens qui ne se posaient pas beaucoup de questions parce qu'il n'y avait pas urgence justement.


 


Comme je le disais quelque part, et ton message me le confirme, trop peu de collègues sont encore suffisamment touchés par les restrictions pour revoir leurs pratiques. Et donc leur poldoc et leur charte. Notamment à la baisse en ce qui concerne les ouvrages "de qualité" acquis par les collègues très prescripteurs. Donc là où ça fait mal.


 


Faut que ça mûrisse encore un peu tout ça.... :shifty:

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elib

Le calcul de Bernard est très pertinent (et impertinent si on le présente comme ça aux élus...surtout en comparant aux fêtes de village :D ).

Dans ta charte des acquisitions, il est fondamental que tu définisses tes critères d'acquisition (j’achète quoi, pour qui, en utilisant quels outils, et avec quelles priorités et quelles exclusions) et tes objectifs. L'objectif financier par exemple, c'est qu'aucun livre acquis dans l'année (calculer de mars à mars, donc sur le critère d'une année budgétaire) ne génère aucun prêt, et que chaque livre génère donc un maximum de prêts. Et là tu peux indiquer le coût d'un livre qui atteint son objectif par exemple. Le prix moyen d'un livre de littérature générale est actuellement, remise déduite, d'environ 16 euros. S'il génère 1 prêt, le coût-satisfaction d'un lecteur est de 16 euros. S'il génère 10 prêts, le coût est de 1.60, etc...L'objectif est donc d'optimiser l'amortissement d'un achat par la genération d'un maximum de prêts. Pour 50 prêts (difficile à tenir au delà sur une année vu les durées de prêts) le coût est de 32 centimes. A toi de fixer des objectifs tenables et de définir la pertinence financière d'un achat annuel, en tenant compte de la somme correspondant aux achats qui n'ont génèré aucun prêt. Plus ton résultat final sera proche de ton objectif, plus la pertinence de tes achats sera probante.

 

Après tu laisses les élus choisir tes livres pendant un an, et tu compares en réunion bilan. Salez, poivrez et servez chaud ! :tongue:

 

 

Plus sérieusement, on n'est malheureusement pas loin de certaines vérités. Quand un élu qui vient nous annoncer une baisse des budgets d'acquisition et nous demande : qu'est-ce qu'un bon livre, pourquoi tant d'ouvrages ne sortent jamais etc...ce qui sous-entend que notre politique d'acquisition n'est peut-être pas assez performante, nous sommes bien obligés de rentrer dans ses logiques comptables. Un bon livre est un livre qui sort. S'il ne sort pas c'est qu'il n'était pas adapté.  à nos public, donc ce n'est pas un bon achat. La valeur intrinsèque du livre, sa qualité littéraire, ne sont plus des arguments recevables. Un produit qui ne se vend pas est rapidement retiré des étals des commerces.

Donc cette idée de comparer le coût réel des acquisitions de l'année au coût pondéré par le nombre de prêt de l'année (appelons ça une pondération-satisfaction lecteur), et de considérer que plus l'écart entre le coût réel et le coût pondéré est fort, plus notre politique d'acquisition est bonne, est assez difficile à nier.

Les arguments consistant à dire que notre mission consiste aussi à faire faire des découvertes au lecteur, de tenter des auteurs moins médiatisés, des premiers romans etc..et que cela peut générer moins de prêts, voire des prêts zéro, mais que c'est la règle du jeu en termes de missions d'une bibliothèque, ne pèsera pas toujours très lourd dans la balance. Ou de moins en moins.

C'est une question d’équilibre dans les acquisitions : si l'on achète suffisamment de documents à fort taux de sortie pour éponger le déficit de prêt des autres, on ne risquera pas l'interventionnisme des élus. Dans le cas contraire on s'expose à la critique et à des argumentations de type rentabilité.

Acheter moins mais acheter mieux, c'est aussi accepter de rentrer dans ce jeu là et de revoir les proportions d'acquisitions, sans pour autant tomber dans les bibliothèques Best-sellers ni dans la médiocrité, mais considérer que la satisfaction des publics est désormais l'argument majoritaire.

Le temps où un bibliothécaire pouvait s'enorgueillir de la seule qualité littéraire de ses fonds, quel qu'en soit le taux de sorties, est terminé.

 

J'interviens dans la conversation car là vraiment il faut que l'on m'explique... Je suis déjà pas mal chamboulée dans mon métier (je suis de la génération des vaches grasses) mais si vous mêmes ô collègues aux remarques si pertinentes parlez de rentabilité, j'ai du mal car il me semblait que nous étions à l'inverse de cette notion par définition . Ou alors c'est vraiment fini tout ça ? Que deviennent la poésie, le théâtre , les petits éditeurs, les nouvelles ... dans notre politique documentaire pour ne parler que des livres ? dois-je faire mon deuil de tout ça aussi ? dois-je inscrire dans ma charte des acquisitions: un livre qui ne sort pas est un livre mort , voire une faute professionnelle ? la satisfaction des publics est majoritaire soit,  mais on peut l'éduquer un peu aussi non ?

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Ferris

Nous ne prônons pas la rentabilité, nous constatons que ce type de discours, comme bien d'autres, devient "décomplexé", et nous faisons le constat suivant : Si notre interlocuteur, l'élu, change de discours et de pratique, nous devons utiliser sa sémantique, sinon il n'y a plus de dialogue possible. S'il ne parle pas de rentabilité mais "d'optimiser" les acquisitions, il n'y a aucune différence. Nos précieux petits tabous sont donc à questionner. On met tout sur  table ou on ne change rien.


 


Le bibliothécaire gras et repus des années passées pouvait se complaire dans le discours militant et valorisateur : je soutiens le petit éditeur indépendant, j'aide le petit libraire méritant, je me tiens au delà de la sphère "marchande", le public ça s'éduque,  etc...De toutes façons on ne lui demandait pas de comptes sur sa politique d'acquisition ni sur ses résultats. Chacun avait ses petites pratiques pour valoriser des fonds plus difficiles. Et nous avions encore, pour beaucoup d'entre nous, une vision assez universaliste de nos collections. Ce qui permettait le théâtre et la poésie, entre autres. Mais déja, pour ces deux domaines par exemple, de nombreux collègues, anticipant peut-être les choses, ou moins riches, se contentaient d'acquérir des classiques pour des publics scolaires acquis.


 


Il n'est pas question de dire que "tout ça est fini". Simplement que, pour les plus touchés d'entre nous au niveau budgétaire, il va falloir changer de paradigme, et donc de discours. Et donc questionner nos pratiques. Conserver par exemple les mêmes répartitions budgétaires qu'à l'époque où nous n'achetions pas de DVD, est impossible, et nous avons pourtant tous pu concilier l'arrivée de nouveaux supports avec le reste, et souvent sans augmentation budgétaire. Donc nous pouvons le faire.


 


Un livre qui ne sort pas ne nous a jamais satisfait non plus. Mais nous pouvions en détourner les yeux pudiquement . C'était la règle du jeu, les risques du métier en quelque sorte, mais aussi la preuve que nous assurions vaillamment nos missions de découverte culturelle.


 


Si aujourd'hui l'homme qui passe (car l'élu passe et nous restons) nous questionne sur l'utilisation des deniers publics et ne se contente plus des réponses anciennes, nous lui devons réponse. Simplement.


 


En tous cas fini le mépris hautain du professionnel face au néophyte, élu ou pas, fini le discours dévaluateur vis à vis de la littérature "facile" qu'on achetait au compte-gouttes en se bouchant le nez. L'élu ne considère plus que le public est "à eduquer" mais "a satisfaire". Et pour moins cher. Il vient de poser les bases. A nous de réagir.


 


En tous cas le bibliothécaire prescripteur est en voie de disparition rapide s'il n'accepte pas l'idée que les temps changent.


 


Exclure des livres, c'est exclure des gens (D. Lahary)


Modifié par Ferris
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elib

OK c'est donc si grave que je le craignais 


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B. Majour

@Elib


 


Non, ce n'est pas fini. 


C'est, comme le dit Ferris, qu'il faut s'adapter à son interlocuteur. Interlocuteur qui vient te dire : bon, il faut faire des économies, alors on va trancher dans votre budget, l'impact ne sera pas important.  :blush:


 


Sauf que j'ai déjà une donnée pour prouver que l'impact n'est pas négligeable. Si on m'ampute 500 euros de budget, j'ai 1000 à 1200 prêts en moins.


 


La rentabilité, c'est un outil. Et un outil intéressant pour effectuer ces mesures. Si j'arrête d'investir dans un secteur, en combien de temps ses prêts vont-ils décroître ? Dans certains secteurs, la baisse sera invisible ou presque, dans les BD et romans terroirs, la claque arrive vite.


 


C'est un outil qui te permet également de mesurer l'intérêt de ton public. Quand tu connais l'intérêt de ton public, tu le suis, mais tu peux aussi le provoquer... par des expositions, par des mises en valeurs, par des titres en présentoirs, etc.


 


Si tu ne sais pas, tu navigues au pif.


Et naviguer au pif, ça permet à l'élu de te dire : bon, ça on sucre, ça on sucre et ça on sucre. Ou alors, il va plutôt te proposer 20 % de baisses dans tous les domaines. Lui ne sait pas ce que la baisse provoque. Ce qu'il regarde, c'est la ligne budgétaire. Il faut 20 % d'économie, donc on applique sur tout. Sauf si tu peux lui montrer que sur tout, ça va faire très mal et qu'il serait plus approprié d'envoyer une fusée de moins au feu d'artifice qui dure un quart d'heure vingt minutes lorsque tes documents sont là pour quatre ans.


 


Savoir, ça permet d'agir.


 


Et je ne te cache pas non plus que cette "rentabilité" est intéressante pour pilonner intelligemment.


Un bouquin qui ne sort pas, il faut faire quelque chose. Soit on le pilonne, soit on l'accompagne d'autres titres plus faciles à aborder, soit on le change de place. Parce que livre mal placé = livre non emprunté.


 


Par constat, je sais que certains livres empruntés à la BDP ne sortiront pas en "documentaire", mais vont sortir un maximum s'ils sont classés en "album". Je m'en suis rendu compte, j'ai vérifié sur nos documentaires enfants avec la "rentabilité/taux de rotation"... et j'ai changé les cotes. Ce qui a augmenté leur "rentabilité".


 


La cote BDP a du sens à la BDP, où la collection est importante et la recherche thématique. Mais dans ma propre bibliothèque, cette cote perd en visibilité... pour rejoindre le cortège des non empruntés, non lus.


 


Si tu calcules aussi la rentabilité au niveau des étagères, tu verras vite ressortir un constat simple.


Les documents les plus empruntés sont ceux au milieu de l'étagère. Trop haut ou trop bas, il y a de la "perte"... ce qui permet de réagir en réajustant la hauteur des rayonnages, ou en évitant de remplir l'étagère du bas comme on le voit dans certaines bibliothèques.


 


Idem, si ton rayon poésie ou théâtre est mal placé, donc avec une rotation extrêmement faible, il peut être intéressant de le déplacer, ou d'adapter le mobilier. Voire de ventiler les documents dans d'autres rayons plus fréquentés... afin de tester la nouvelle rentabilité. Mettre la poésie ou le théâtre dans les romans, ce n'est pas antagoniste, on peut l'appuyer sur un test de "rentabilité", jusqu'à trouver la bonne place.


 


Défendre un petit éditeur dont les livres sortent bien, tu ne peux le faire qu'en apportant la preuve.


 


Cette "rentabilité", je m'en sers aussi comme d'un outil très fin.


La dernière fois, j'ai dû pilonner des magazines "Art & décoration", "Ami des jardins" et "Maison & travaux", pour cause de trop plein dans les casiers.


 


Tu as la solution simple d'éliminer les plus anciens.


Ou celle de calculer la rentabilité de tout le stock, afin d'éliminer ceux qui sortent le moins (pas ceux de l'année en cours, bien sûr), mais parmi les autres. Dans mon cas, j'en ai un Ami des jardins de 2008 qui fait de la résistance. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a certainement un article génial dedans. (il faudra que je vois lequel) Contrairement à trois autres de 2013 que j'ai éliminé.


 


Comme je commence aussi à voir beaucoup de Danielle Steel, je vais procéder de la même façon. Lesquels éliminer ?


La méthode IOUPI te dira les plus anciens, les plus défraîchis. Moi, je dis les moins lus... Pas la peine qu'ils encombrent les étagères s'ils sont peu ou pas lus. Si les lecteurs préfèrent un livre défraîchi 10 ans d'âge à un autre de deux ans, il y a des raisons. (couverture, illustration, résumé, taille des caractères, etc. tout concourt au succès d'un livre ou à son insuccès.)


 


Pour moi, la méthode IOUPI est une méthode brutale qui ne prend pas en compte une donnée essentielle : l'intérêt du lecteur.


La rentabilité, si.


 


Ce qui m'évite de garder des livres d'aspects neufs... qui ne sortiront jamais. Et ils sont "neufs" parce qu'ils ne sortent jamais ! :sweat:


 


Voilà pour l'aspect pratique de la "rentabilité".


Car tu as l'aspect défense du steak. Si tu n'as pas d'arguments face à l'élu, à la coupe budgétaire, tu ne vas pas couper. :angry:  


 


Au jardinier aussi on peut dire, il faut diminuer votre budget, et donc supprimer le taille-haie, vous ferez ça au sécateur.


Sauf qu'au sécateur, c'est beaucoup plus long... donc plus cher au bout du compte !


 


C'est juste un argument imparable. Si l'élu persiste, le jardinier pourra toujours dire : c'était votre décision ! Maintenant, on met quinze jours à couper la haie.


 


Plus haut, quand je dis un euro investi satisfait 4 personnes... tu peux aussi le voir, comme 1000 euros de baisse budgétaire, c'est 4000 personnes que tu ne pourras pas satisfaire. Ce qui veut dire que tu auras globalement 200 à 400 personnes qui ne viendront plus à la bibliothèque. L'impact est bien réel, clair et net.


 


Tu as un argument de poids et tu peux t'en servir.


Tiens, je me rends compte que mes 500 euros de budgets en moins correspondent, comme par magie, à la baisse des prêts constatée. (heureusement que j'ai eu des dons pour en combler une partie)


 


 


Voilà ce qu'indique la rentabilité.


 


On peut prévoir, on peut expliquer ce qui va arriver... et on peut défendre son budget, car on peut en démontrer l'impact.


 


Et s'il faut absolument faire un geste vers le bas, on peut dire avec précision quels investissements/secteurs on va abandonner car ils sont peu "rentables". 


C'est tout autre chose de pouvoir dire : voilà combien on peut économiser sans grosse perte (prêts/lecteurs), que de laisser l'élu trancher à la machette dans le budget.


 


On fait alors partie de la solution.


Au niveau psychologique et au niveau stratégique de la négociation sur le budget, c'est totalement différent : on ne subit plus.


On a son mot à dire.


 


Mais sans chiffres, on est obligé de dire : on verra bien.  (C'est ce que se dit l'élu : on verra bien.)


 


Pour moi, c'est tout vu : je sais. Et je peux dire combien d'euros chaque lecteur économise en s'abonnant à la bibliothèque.


La bibliothèque, c'est un vrai service, qui rapporte. (Nb de prêts sur l'année * le prix du livre = une somme rondelette à la fin de l'année, pour les élus, une autre façon de voir le budget bibliothèque)


 


Comme tu le dis dans ta dernière réponse, au temps des vaches maigres, on en est vite là. 


Autant avoir les moyens de défendre son coeur métier. :thumbsup:


  Bernard

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Ferris

Entièrement d'accord avec Bernard. Un outil.


 


Attention à un point précis, que nous vivons depuis deux ans : lorsque les élus votent le budget de la Bib, ils ne peuvent pas aller dans le détail. On prend toutes les dépenses et on applique un pourcentage de baisse. Or, comme la plupart des dépenses (personnels, fluides etc...) ne permettent pas une grosse marge d'action, c'est le budget acquisition, abonnements et animation qui va prendre. Logique.


 


Sauf qu'en cas de problèmes, l'élu aura beau jeu de dire : mais c'est VOUS qui faites la répartition budgétaire, entre supports, secteurs, activités. Autrement dit, et il aura raison, notre marge de manœuvre est dans la façon dont nous saurons répartir cette pénurie. Nous savons déja qu'une ois supprimés quelques abonnements et quelques animations, il va falloir trancher dans le gras. Parfois jusqu'à condamner certains secteurs ou domaines (exemple, considerer que, vu leur faible niveau de sortie, on prendra les documentaires à la Bdp, c'est du vécu). Idem pour les CD etc...


 


Si nous avons déja fait ces choix, il nous reste l'optimisation (la rentabilité) des secteurs les plus stratégiques en bib : la Bd en secteur jeunesse, le roman en secteur adulte par exemple. Là, si nous voulons conserver un rôle prescripteur minimal et ne pas tomber dans la best-sellerisation, il va falloir viser juste. Et là, l'élu nous laisse le champ libre.


 


Si nous pouvons lui prouver, chiffres à l'appui, que l'achat d'un ouvrage qui sort peu sera compensé par celui d'un ouvrage qui sort beaucoup, mais qu'il est important de ne pas tomber au dessous d'un certain seuil de nombre, donc de choix, nous aurons préservé l'essentiel. 


 


Qui, disons le tout net ne sera très probablement pas le fonds théâtre ou poésie.


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elib

Oui tout est logique ! limpide même: préservons l'essentiel, ne plus subir, avoir encore son mot à dire, viser juste, conserver un rôle prescripteur minimal, avoir les moyens de se défendre, s'adapter à son interlocuteur... je vais apprendre tout ça par coeur histoire de me motiver et d'être forte (mais j'ai encore malgré tout un petit faible pour l'Ami des jardins de 2008 :-)  vive la résistance !


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B. Majour

@Elib


 


Je précise que tu as aussi ton libre arbitre.


Si la "machine rentabilité" dit qu'un livre n'est pas "rentable", il ne passe pas illico à la trappe. C'est particulièrement vrai pour les "classiques", dont le rendement est faible, voire très faible pour certains !


On doit garder une réflexion à long terme sur les usages de chaque document. :wink:


 


Par contre, ça aide aussi à comprendre pourquoi certains livres ne sont pas empruntés. Trop lourds, trop grands, écrits trop petits, couverture peu engageante... plein de pistes pour devenir un meilleur acquéreur => pour son public.


Car autre public, autres choix possibles.


   Bernard

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