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Babarette

Ethique et collections

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Babarette

Bonjour à tous,

 

J'ai récemment repensé à une situation face à laquelle je me suis trouvée lors de mon stage en avril dernier. Pendant un office, je tombe sur un livre qui explique comment "se débarrasser des nuisible du jardin en s'amusant". Le principe était de faire souffrir la bestiole, et que c'était drôle. Par exemple, donner à manger du plâtre et de l'eau à des souris. Ce qui m'a choquée, c'est vraiment que le principe était de présenter ça de façon ludique (plâtrer l'estomac d'une souris, c'est fuuuuuuun). J'ai donc dit que, pour moi, il ne fallait pas l'acheter. Mais ai-je eu raison d'avancer des principes éthiques pour ne pas acquérir un ouvrage?

La question peut se poser fréquemment. Bien sûr, un bibliothécaire vegan qui refuserait d'avoir des livres de cuisine qui proposent des plats de viande serait, pour moi, dans l'excès. Mais où s'arrêter? Y a-t-il des bornes?

Par exemple, prenons les livres écrits par des Eric Zemmour. J'aurais tendance à penser que ce livre peut intéresser un public, et pas forcément d'extrême droite (se faire une idée de ce que lisent les fans de Zemmour me paraît important). Cependant, si j'étais dans une ville où le FN avait fait 70% et où, régulièrement, des skinheads s'en prenaient à des minorités, je ne voudrais pas attiser la haine (encore que, les skinheads lisent-ils?). Ah oui, mais tout de même, ils paient la bibliothèque avec leurs impôts locaux, ils sont donc en droit de demander à avoir ce genre d'ouvrages. Mais alors,  sont-ils en droit de demander à arrêter l'abonnement à Charlie Hebdo? 

 

Bref, je me sens face à un dilemme cornélien. Quelle place pour l'éthique chez le bibliothécaire? 

 

En attente de lire vos réactions avec plaisir,

 

Babarette. 

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Ferris

La profession te répond à travers les textes de référence de l'ABF. Par ailleurs en bibliothèque tu dois définir, outre ton Projet de service,  une politique documentaire, approuvée par les élus, et dont la partie publique sera la Charte des collection ou charte des acquisitions.

Cette politique documentaire s'appuiera en principe sur les textes ci-dessous, bien que rien ne t'y oblige. 

 

https://www.abf.asso.fr/6/144/50/ABF/ou-situer-le-pluralisme-

https://www.abf.asso.fr/1/173/342/ABF/devoir-de-pluralisme-en-bibliotheque-l-abf-vigilante

http://www.abf.asso.fr/fichiers/file/ABF/textes_reference/code_deontologie_bibliothecaire.pdf

https://www.abf.asso.fr/6/46/537/ABF/charte-du-droit-fondamental-des-citoyens-a-acceder-a-l-information-et-aux-savoirs-par-les-bibliotheques

http://www.abf.asso.fr/fichiers/file/ABF/textes_reference/charte_bibliotheques91.pdf

 

Concernant la politique documentaire ou Poldoc, l'ABF a pris position et son introduction répond très directement à tes questions : 

 

Mieux vaut prévenir que guérir : affirmer une politique d’acquisition n’est pas un acte circonstanciel, mais participe d’une exigence de professionnalisation. Sans perdre leur subjectivité, les bibliothécaires doivent démontrer que les achats qu’ils effectuent sont issus d’une réflexion collective qui ne se limite pas à leur conviction personnelle ou à la pression des utilisateurs ; leurs sélections ne sont pas un acte de censure (décision délibérée d’écarter des documents) mais un choix (décision positive d’inclure dans les collections des documents en conciliant qualité, diversité, adéquation aux besoins des publics et cohérence des fonds). Ces choix ne sont pas intuitifs, et relèvent de règles bibliothéconomiques, constituées et à construire dans tous les types de bibliothèques ; en outre, ils sont étroitement liés aux priorités de la collectivité d’exercice de la bibliothèque, dans le respect de ses missions de service public. Ils sont appelés à être validés par les tutelles de cette bibliothèque. Il n’existe pas de politique d’acquisition idéale, mais chacune devrait comporter les 12 éléments suivants :

 

https://www.abf.asso.fr/6/144/49/ABF/la-politique-d-acquisition-en-12-points

 

Bref, y a du boulot en perspective si l'on veut faire les choses correctement. Par ailleurs il faut savoir que beaucoup de bibliothécaires ne construisent pas leurs instruments de travail et y vont à l'intuition, au coup de cœur ou au choix personnel au coup par coup, invoquant tel ou tel argument personnel. Ils n'ont aucun document de référence ni pratique collective. Le problème c'est qu'en cas de protestation, ou pire (plainte) de tout ou partie d'un public (individus, associations, partis etc...), ils se retrouvent alors totalement démunis et non soutenus par leur tutelle, qui n'a validé aucun document à cet effet. A l'inverse l'absence de document de référence, peut permettre aux élus, d'aujourd'hui et de demain, d'imposer telle ou telle tendance aux acquisitions. Là encore le bibliothécaire oublieux se retrouver seul.

 

Quand tu auras lu tout ça, tu comprendras que, comme pour culturel/pas culturel, Zemmour ou pas Zemmour, n'est pas la question du tout. Pas plus que ta morale personnelle.

Modifié par Ferris
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Babarette

Oui, je sais qu'il y a une obligation de pluralité, et c'est normal. Mais, comme il y a forcément une sélection, est-ce que certains livres ne se trouvent pas écartés? L'ABF parle de qualité, mais il s'agit aussi de respecter les goûts des lecteurs (sinon, on n'achèterait pas Plein de nuances de Gris). 

 

Je vois effectivement qu'il faut "ne pratiquer aucune censure". Mais n'y en a-t-il pas forcément un peu, puisqu'on ne peut pas tout acheter? S'il y a des demandes pour des livres sur les méthodes contre les nuisibles, est-ce que choisir un bouquin avec des méthodes écolos pour éloigner les insectes plutôt que "torturer les animaux pour rigoler" n'est pas déjà une forme de censure? Faut-il, du coup, forcément acheter les deux? 

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Louve

Bonjour Barbarette,

 

Comme l'a très bien rappelé Ferris, sachant qu'il n'y a pas pas de lois sur les bibliothèques, que pour les Bibliothèques Municipales, les patrons ce sont les élus,une seule solution pour que tout se passe au mieux: la charte des collections! Une charte qui permet de donner une ligne claire, une charte signée, comprise, appropriée par les élus car ainsi ils pourront mieux répondre quand Mme Michu viendra se plaindre que les affreux bibliothécaires ont acheté tel document, que M. J_en_veux_à_la_terre_entière voudrait bien qu'on ait un document qui explique commet éradiquer ses voisins...

Cette charte abordera aussi clairement la question des dons et des pilons. Des dons pour pouvoir très facilement refuser l'offre généreuse de vieux roudoudous dont on ne ne servirait pas pour démarrer un feu tellement ils sont imprégnés d'humidité et moisis; des pilons pour éviter les cris d'orfraie quand on jette nos vieux roudoudous.

 

La politique documentaire s'appuiera sur cette charte; cette politique documentaire -pour être efficiente- s'appuiera sur différents outils , indicateurs dont (liste bien , bien loin de l'exhaustivité!) :

  • plan de développement des collections,
  • publics cible,
  • analyse des collections: taux de rotation, taux de fonds actif 
  • fonds documentaire en résonnance, cohérence avec l'environnement...

 

Notre métier de bibliothécaire c'est de donner accès à l'information, si nous n'avons pas , on réroriente, on téléphone même à la bib A parce qu'eux ont le document convoité, si on le peut , on le fait mettre de côté, mieux encore, on le fait venir!

 

Proposons une collection la plus large possible , pas tant en terme de nombre mais de contenus. Ne cherchons pas à édifier les foules, proposons des documents, des rencontres pour que chacun se construise sa pensée, ses idées en tout liberté.

 

 

 

  

Modifié par Louve

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Ferris
Il y a 3 heures, Ferris a dit :

leurs sélections ne sont pas un acte de censure (décision délibérée d’écarter des documents) mais un choix (décision positive d’inclure dans les collections des documents en conciliant qualité, diversité, adéquation aux besoins des publics et cohérence des fonds)

 

Ne pas confondre censure et sélection. On aurait pu y rajouter l'argument budgétaire, dans la mesure où il peut également obliger à faire des choix qui peuvent nuire, par exemple à la cohérence des fonds. Mais j'ai pu constater que cet argument sert aussi souvent de prétexte pour écarter des documents qui déplaisent aux acquéreurs, ou pour envoyer promener des questions de lecteurs.

 

Par ailleurs une Charte des collections est un document contractuel qui inclut des exclusions. Tu peux très bien mettre dans ta Charte que la bibliothèque n'acquiert pas de guides juridiques, de guides touristiques, de manuels scolaires etc...pour des raisons de coût, ces documents étant vite obsolètes et devant être rachetés chaque année, ou, pour ce qui est des guides type Onisep, parce que ce type de documentation relève des centres d'orientation de l’éducation nationale ou, pourquoi pas, tout simplement parce qu'ils sont présent en ligne sur Internet. L'accès en ligne de pas mal de ressources est d'ailleurs un argument fort dans une poldoc.

Par contre si, comme certains collègues, tu exclus les ouvrages concernant l’ésotérisme, occultisme et petits hommes verts en général, en estimant que ce n'est pas sérieux ou "scientifiquement prouvé", ou les ouvrages de "développement personnel" par exemple, tu devras le justifier auprès de tes élus de façon à ce qu'ils valident ce choix, sachant que le public en est assez friand. Par ailleurs l'argument du "scientifiquement pas prouvé" pourra te jouer des tours au niveau de la cohérence. Car on te fera remarquer que les médecines douces, alternatives etc..ne sont pas forcement reconnues non plus. Alors, tu feras quoi ? Tu les exclus aussi ?

Justifier ses choix d'exclusion et en assurer la cohérence dans la durée, en respectant le pluralisme et l'accès de tous à tout type d'information, n'est pas évident.

Certains collègues s'imaginent aussi que l'achat d'un livre sur un sujet les engage personnellement. C'est une erreur. Acheter un livre sur les martiens ne veut pas dire que j'y crois mais que je respecte mes publics. N'en acheter aucun peut être considéré comme une censure.

Ah, j'arrête car je vois que Louve t'a répondu pendant que j'écrivais...

 

Ne pas acheter un livre qui s'est vendu à 500 000 exemplaires est assez délicat à expliquer. Car les bibliothèques sont aussi le reflet de la société telle qu'elle est.

 

Et ce type de débat parsème de temps en temps les ébats du forum (faut-il acheter Mein Kampf, faut-il acheter un DVD de Dieudonné etc...)

 

C'est récurrent et rigolo parce que ça montre à quel point les bibliothécaires acquéreurs se sentent encore, comme dit Louve, une mission "d'edification des foules". Comme les enseignants ont cru, quand ils sont passés de "L'Instruction Publique"  à "l'Education Nationale", qu'ils avaient désormais une mission d'éducateur. Ils en sont bien revenus depuis, maintenant qu'on leur reproche d'être incapables d'enseigner les fondamentaux !

 

Nous faisons du service public. Et ce n'est pas rendre service aux gens que de les prendre pour des cons en les empêchant d’accéder à telle ou telle information.

Si un crétin devient nazi en lisant Mein Kampf, ta responsablité professionnelle n'est pas engagée. Par contre si tu conseilles (eh oui, nous sommes des médiateurs, donc on conseille aussi...c'est un autre débat) cette lecture à un boutonneux à crête qui n'a manifestement pas le recul et les bases nécessaires pour le lire, ta responsabilité personnelle peut être engagée.

 

Un peu comme si tu prêtais 50 nuances de gris (oui c'est 50 pas "plein", faut pas pousser non plus ) à un mineur.

 

 

Modifié par Ferris
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Ferris
Il y a 7 heures, Babarette a dit :

un bibliothécaire vegan

 

Je crois que ton problème est exactement là. Un bibliothécaire vegan, ça n'existe pas. Pas plus qu'un bibliothécaire viandard ou un bibliothécaire naturiste. Ou tout ce que tu veux. Si tu es militante dans quoi que ce soit, tu dois être capable de l'oublier. Ne te cache pas derrière des grands mots comme "éthique". En fait tu as des opinions, des choix de vie, comme tout le monde. Mais cela n'a pas à interférer dans une politique d'acquisition. Tu es bibliothécaire tout court. Ou tu ne fais pas de service public.

 

Dans la réalité, malheureusement, tu fais ce que tu veux et tu le justifieras facilement avec un peu d'habileté . A part des cas extrêmes comme des bibliothécaire FN (ou communistes, j'en ai connu un qui s'est fait virer le jour où la municipalité a changé, et qui achetait carrément militant), laisser libre court à ses petites tendances personnelles passe assez inaperçu sauf s'il y a déséquilibre d'un autre côté.

Si tu es passionnée de plongée sous-marine et que tu possèdes 15 ouvrages la-dessus mais seulement trois sur le foot, le décalage risque de se voir....:ermm:

 

Moi, je peux reconnaître une bibliothécaire militante féministe pure et dure, non pas à sa tête mais à la tête de ses rayonnages.

 

 

Modifié par Ferris
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Louve
il y a 29 minutes, Ferris a dit :

Moi, je peux reconnaître une bibliothécaire militante féministe pure et dure, non pas à sa tête mais à la tête de ses rayonnages.

 

 

Tellement vrai!

J'ajoute même que tu peux donner l'âge de la bibliothécaire à la tête du rayon!:ahappy:

 

Le problème des bibliothécaires "miltants" est que leur militantisme prend parfois des allures de dogme et là ça devient gênant car, juste à fleur d'eau pointe l'idée que le bibliothécaire est "au-dessus", "meilleur, "supérieur". Ce qui n'est jamais très bon.

 

Ce qui me fait tiquer, c'est aussi cette réflexion:

Il y a 8 heures, Babarette a dit :

une ville où le FN avait fait 70% et où, régulièrement, des skinheads s'en prenaient à des minorités, je ne voudrais pas attiser la haine (encore que, les skinheads lisent-ils?).

 

c'est suffisant, plein de préjugés. Les préjugés, les a priori ce n'est pas le meilleur moyen pour les rencontres.

 

Louve_adepte_des_a posteriori

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B. Majour

Bonjour Babarette

 

J'aime bien tes questions et le cheminement que tu suis depuis un moment.

C'est un cheminement normal, et tes questions sont légitimes.

 

Il est tout à fait normal de se poser la question de l'acquisition de documents, de ce qui se cache derrière. De la censure ou pas sur certains titres. Et du pouvoir que tu détiens en tant qu'acquéreur.

 

Le problème de la charte d'acquisition n'est pas triviale, par rapport à ces questions, mais elle est quelque peu secondaire… puisque tu vas adapter ta charte en fonction des réponses que tu vas apporter aux précédentes questions. Et ta charte d'acquisition, elle sera surtout à destination des élus et du public. Parce qu'une charte d'acquisition, tu peux la faire évoluer à ton envie, il suffit de la réécrire, n'est-ce pas ?

Ou alors, il suffit d'utiliser des termes généralistes, tels que le mot pluralisme.

Un gentil mot fourre-tout. Tu en vois tout de suite l'intérêt si tu veux acquérir des documents extrêmes, sur les Vegan, les nuances de gris, la littérature érotique, ou d'autres plus extrêmes comme celui dont Ferris parle, en particulier les petits hommes verts. Qui ne sont pas verts, ils sont gris. Le mélange des couleurs, c'est pluraliste.

 

Ce qui ramène à tes questions.

Est-ce que certains livres ne se trouvent pas écartés ?

Si. Forcément.

 

Faut-il respecter les goûts des lecteurs ?

Oui, sinon ils ne viennent plus. Et le but, c'est qu'ils (re)viennent... pour découvrir le reste.

 

Faut-il pratiquer de la censure ?

Non.

Dans ce cas, on ne parle pas de censure, mais de sélection, et donc de choix.

Certes, tout choix est une forme de censure… si tu maintiens toujours la même orientation. C'est d'autant plus vrai lorsque ton orientation déplaît aux lecteurs.

 

Si tu sers toujours du café à tout le monde, alors qu'il y a d'autres boissons à ton menu, alors c'est de la censure. Si tu privilégies le café, au détriment des autres boissons, en les réduisant à la portion congrue, alors c'est de la censure.

 

Ce n'est pas de la censure lorsque tu essaies d'obtenir un équilibre entre le café et les autres boissons, même si tes lecteurs préfèrent le café. C'est particulièrement vrai lorsque tu proposes du café au lait, ou un caputchino. Ou une larme d'alcool dans ton café.

 

Mais il est clair que tu ne peux pas offrir tous les cafés de la terre, ni toutes les boissons.

Tu as un espace réduit… Bien plus que le problème d'acquisition ou d'argent, c'est là le vrai critère qui va te limiter : ne rentre pas dans les rayonnages, trop lourd, trop grand, trop petit, trop fragile pour être prêté. Tu verras que ce sont des critères qui éliminent pas mal de documents pourtant intéressants, mais tu dois y renoncer parce que tu sais que ces documents ne tiendront pas l'épreuve du temps et du prêt multiple.

Tu as une clientèle réduite, qui a des goûts classiques malgré tout pour la majorité. Et cette majorité suit l'actualité culturelle, et la pub ! Oui, oui. Toi aussi, tu suis la pub, sans t'en rendre compte, et ton rôle de bibliothécaire, c'est de t'ébrouer, de sortir des sentiers battus et rebattus, d'aller explorer d'autres éditeurs que les grands classiques. D'aller consulter dix, parfois vingt documents sur un sujet, pour n'en sélectionner qu'un seul.

 

Ce n'est plus de la censure, c'est un choix.

Un choix d'explorateur.

 

La censure, c'est aussi se contenter de remplir son caddie avec les premières choses qui viennent sous la main et donc de céder à la pub et au clinquant. Seulement voilà, le bibliothécaire est aussi un fouilleur-fouineur.

 

C'est ce qui est caché dans le mot pluralisme.

On est pluraliste lorsqu'on a tout exploré, lorsqu'on a fouillé en profondeur… pour ne ramener que les pépites.

C'est ce qui se passe dans un office. Beaucoup de documents te passent entre les mains, mais il y a bien peu d'élus.

 

Et rappelle-toi aussi, ceci, dans ce qu'a indiqué Ferris  :

 

qu’ils effectuent sont issus d’une réflexion collective

 

Ils n'ont aucun document de référence ni pratique collective

 

C'est une sacrée différence.

Sauf cas particuliers, tu es rarement seul(e) à choisir. Et se renseigner sur les acquisitions des collègues d'autres structures, ce n'est pas de l'espionnage mais bien une pratique collective.

 

Mais où s'arrêter? Y a-t-il des bornes?

Bien sûr qu'il y a des bornes.

D'abord,

En 1, la place disponible dans tes rayonnages.

En 2, le temps que tu peux consacrer à ta fouille.

En 3, le budget annuel. (Si vraiment certains documents te paraissent essentiels, tu peux les acquérir au cours du temps. Ou alors faire une demande motivée à ta tutelle. Ou les emprunter ailleurs, donc les acquérir à plusieurs structures.)

 

Tu as d'autres bornes, comme celle de ta responsabilité vis-à-vis de ta communauté.

Offrir aux enfants un livre qui dit "faire souffrir les animaux, c'est fun", c'est prendre le risque qu'un petit morpion choisisse de tester l'idée sur le hamster de sa petite soeur.  Après tout, c'est Fun ! Et puis pourquoi pas directement sur bébé, hein ?

C'est pareil, on ne met pas en rayon de document sur les 100 façons de suicider, sans prendre le risque qu'un ado en difficulté ne passe à l'acte… avec ce bouquin dans les mains.

Pareil, on ne donne pas de livres sur comment mélanger sa poudre explosive pour remplir ses pétards.

Et si plusieurs livres de cuisine indiquent : à réaliser sous la supervision d'un adulte, c'est parce qu'il y a une notion évidente de responsabilité.

Et tu ne pourras pas t'en dédouaner en prétextant de ta charte d'acquisition, ou même d'un achat effectué par un élu.

C'est non seulement ton travail, mais il faudra que tu vives avec. (Le maire idem, par ta faute)

 

Ton choix n'est pas neutre… malgré la neutralité que l'on te réclame.

La connaissance est très dangereuse dans des mains inexpérimentées. Certains livres sont vraiment malsains et destinés à des publics avertis.

Là, on n'est pas dans de la censure idéologique, mais dans la responsabilité vis-à-vis de ton public.

On n'offre pas les mêmes réponses à tout le monde. Et si le document n'offre pas toutes les qualités requises pour une certaine tranche d'âge, on le dégage sans état d'âme. Encenser la cruauté et la perversité, c'est un bouquin à dégager.

 

Ce qui veut bien dire ceci. Quand tu acquiers un document, tu sais en gros  à qui tu vas pouvoir le proposer, les risques que ce document présente et, globalement, le plaisir que les usagers vont avoir à le découvrir ou à l'utiliser.

 

Dernier point, re-relevé par Louve.

Pour les skinheads, tu dois te montrer bibliothécaire et fouiller.

Exemple : http://www.resistances.be/skin.html

Tu ne peux plus céder à la pub des préjugés et de ce qui est présenté à la télé. Ça, c'est de la censure ! Et la télévision, les médias sont des armes de manipulation qui amènent à la censure et au rejet.

 

Tu peux, tu dois être ce bibliothécaire vegan qui se dit  :" oui, mais à mon mariage, je n'ai pas que des amis vegan, il y a les autres. Et je serais vraiment très un mauvais hôte si je ne prévoyais rien pour eux, en particulier un tel jour de fête".

Or, à la bibliothèque, c'est jour de noces à chaque ouverture. On est là pour trouver d'heureux mariages entre lecteurs et documents.

 

Continue à te poser des questions, et surtout à fouiller derrière la façade.

Pourquoi 50 nuances de gris et pas un texte plus hardcore sur le bondage sado-masochiste ?

Pourquoi un skinhead ne lirait-il pas ? Et s'il lit, que lit-il ? Comment l'attirer dans ma bibliothèque pour qu'il découvre autre chose… afin de mieux écrire sa poésie.

 

Tu es bibliothécaire maintenant, et tu dois penser en bibliothécaire... et en exploratrice.

  Bernard

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Babarette
Il y a 8 heures, B. Majour a dit :

 

C'est pareil, on ne met pas en rayon de document sur les 100 façons de suicider, sans prendre le risque qu'un ado en difficulté ne passe à l'acte… avec ce bouquin dans les mains.

 

 

Justement, sur ce point-là, je me demandais comment réagir avec Suicide mode d'emploi. A priori, pour les livres un peu trop controversés, je ferai peut-être le choix de mettre une limite d'âge. J'ai vu un bac "interdit aux moins de 18 ans" à la bibliothèque où j'ai fait mon stage, et certains films sont interdits aux moins de 16 ans. Mais l'étiquette suffit-elle à empêcher un gosse de 12 ans d'emprunter Funny games ou Grey? Autant, si j'achète Tous à poils, je peux répondre à la maman outrée qu'il suffit qu'elle ne le lise pas à son marmot, autant, si la gamine de 15 ans emprunte Suicide mode d'emploi et passe à l'acte, je comprendrais que les parents viennent me casser la figure. Si la bibliothèque fonctionne avec le prêt automatisé, les ados se débrouilleront sans les adultes et peuvent emprunter des documents qui ne sont pas de leur âge. Or, si on veut que les ados viennent à la bibliothèque, il faut leur laisser accès au rayon adulte, sinon, les fans de romans policiers vont être franchement déçus. On peut faire le choix de mettre ce genre de livres en magasin, mais encore faut-il qu'il y en ait un, ce qui n'est pas le cas quand la bibliothèque est de petite taille. 

 

J'ai aussi pensé à la controverse Mein Kampf. Quels sont les choix que vous avez fait? J'aurais tendance à penser que ce livre doit être dans une BU (au rayon Histoire), mais que c'est plus compliqué dans une BM. Bien entendu, dans la bibliothèque, il y aurait aussi Si c'est un homme et Le Journal d'Anne Franck ainsi que Nuit et brouillard. Mais est-ce que, dans ce cas, je ne fais pas pencher la balance d'un côté? Et, si je mets Si c'est un homme, pourquoi est-ce que je n'achèterai pas Mein Kampf? Après tout, vu le succès du livre, s'il n'était lu que par des néo-nazis, on aurait du soucis à se faire.  Très honnêtement, je préférerais que le lecteur engagé dans les Identitaires lise Mein Kampf dans une édition commentée par un historien que brut, sans médiation, et donc qu'il passe plutôt par la bibliothèque que par Internet. Mais s'il tabasse un Rom avec ses copains et qu'on retrouve chez lui Mein Kampf avec le logo de la bibliothèque, est-ce que ma responsabilité n'est pas engagée? Pourtant, je ne vais pas priver mes lecteurs d'un document historique par crainte des fachos. Mais, si un facho agit et qu'il a pu lire Mein Kampf à la bibliothèque, on ne va pas remercier le bibliothécaire de donner accès à un document historique important pour comprendre une des périodes les plus sombres de l'histoire. 

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Babarette

Prolongement de mon questionnement:

 

On admet qu'on peut avoir des ouvrages avec des théories farfelues dans sa bibliothèque. Qu'en est-il d'ouvrages qui traitent mal de sujets qui ont été bien traités par d'autres ? J'ai deux exemples. 

En tant que lectrice, je suis tombée, quand j'étais ado, sur un "Manuel d'auto défense féministe". Ce livre donnait comme conseil de s'habiller en couleurs sombres pour ne pas se faire harceler. C'est bien entendu faux et stupide. Pire, il conseillait comme réaction de "baisser le pantalon des harceleurs". Or, il serait vraiment dangereux de réagir comme ça et, par ailleurs, ça tombe sous le coup de la loi. 

Autre exemple: à un office, je tombe sur un livre qui sert à apprendre à se battre. Je jette un oeil et je vois, à la page "self défense": "Si vous êtes une femme victime d'une tentative de viol, dites que vous avec une maladie sexuellement transmissible". Difficile de donner un conseil plus crétin. 

Comment réagir quand on tombe sur des bouquins qui donnent des conseils, sinon crétins (ça ne serait pas trop grave), vraiment dangereux? Par exemple, un livre qui conseillerait de se repasser les cheveux ? Ça me gênerait de les proposer, en même temps, n'est-ce pas un peu paternaliste et est-ce que les lecteurs ne sont pas assez intelligents pour se rendre compte de la stupidité des conseils? Ceci dit, si les lecteurs s'en rendent compte, autant ne pas les acheter, ou alors, pour les faire rire, mais c'est quand même dommage de dépenser l'argent public pour des livres qui ne seront pas pris au sérieux, non? 

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B. Majour

Pour la limite d’âge.

Tu as déjà plusieurs barrières qui te protègent en bibliothèque.

 

D’abord le cloisonnage des espaces adultes / enfants. (pas innocent)

Suivant son âge, l’ado sera plus ou moins attiré par un secteur plutôt qu’un autre. C’est une question de centres d’intérêts. Même s’il est normal qu’un jeune aille regarder dans les rayons adultes : curiosité quand tu nous tiens.

Les chasser ? Oui, si on veut leur donner le goût de l’interdit, ou du monde mystérieux des adultes, ou encore les amuser (et là, ils vont recommencer). Sans quoi, ils regardent rapidement, et repartent souvent d’eux-mêmes.

 

Sinon, l’étiquette ne te protège pas, non. Par contre, le logiciel et ses limitations par tranches d’âge, si.

Quand la bibliothèque fonctionne par prêt automatisé, il est de la responsabilité des parents de ne pas passer leur carte de bibliothèque sans s’assurer que leur enfant est mature dans ses choix.

 

Pour la controverse sur Mein Kampf, le choix est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.

A moins d’être maso, on ne va pas au devant de certaines demandes sujettes à controverses, on attend que ce soit réclamé… par plusieurs personnes (bonne gestion des budgets oblige, il y a mieux à acheter, ou alors on utilise le PEB : prêt entre bibliothèques). Anne Franck est bien plus demandé que Mein Kampf, on en parle à l’école autant que des camps de concentrations ; c’est un roman de référence sur le sujet.

 

Et tu donnes la bonne réponse : si on doit acquérir un document sujet à controverse, on en donner le lien, on va le faire vers un site où le document est bien accompagné. Après, ce que la personne fait du livre et de son interprétation, tu n’en es pas responsable lorsque la personne est adulte. Et supposée mature.

En tout cas, tant que cette personne lit, elle ne tape pas sur les autres.

 

Pour les conseils crétins, que l’on retrouve dans certains ouvrages.

C’est vrai, il y en a. La règle est simple, tu acquiers un autre document, moins crétin. Pour ça, il faut fouiller, prendre contact avec des associations d’auto-défense féminine et leur poser la question : existe-t-il un bon livre à conseiller ?

Jamais toute seule à décider. On travaille en collectif… avec le public (/associations) aussi.

 

Le défaut du bibliothécaire débutant, c’est de tout vouloir gérer seul.

 

Tu n’es pas seule, tu es en contact avec une communauté (de professionnels).

  Bernard

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Louve

Bon, comme d'habitude,  Ferris ont bien détaillé, bien expliqué.

 

J'ajoute mon -en,fin mes!- cailloux à l'édifice:

  • concernant les automates de prêt: si tu paramètres correctement ton système, un môme de 10 ans ne pourra jamais emprunter un film interdit aux moins de 16 ans. Quand je parle d'interdiction, on est bien d'accord qu'il s'agit des interdictions légales. Je ne crée pas d'interdiction de bibliothécaire! 
  • ne pas oublier que le bandeau bien visible "interdit aux moins de 16 ans" risque d'attirer des ados gonflés d'hormones et que rien ne les empêchera de lire sur place...

Un principe de base: ne pas anticiper le pire car c 'est avec ces "et si, il se passe ça? et si on me gronde? et si y'en a un qui se fait mal",etc,etc que l'on infantilise tout le monde, que l'on ne fait plus rien par crainte.

Et puis franchement, statistiquement, il y a moins de problème que tout ce qui est prévu dans nombre de règlements intérieurs de bibliothèque....

 

Modifié par Louve

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Babarette
Il y a 3 heures, Ferris a dit :

Si tu prends le Canard Enchainé, pour justifier de la présence d'une presse satirique, cela fera consensus et tu n'auras  pas d'obligation de prendre Charlie, mais pas de problème non plus.

 

Je ne me vois pas ne pas acheter Charlie. 

 

Pour les interdictions, est-ce possible de tout paramétrer? Obliger un ado (11-17 ans) à rester au rayon enfants, l'est forcément le faire fuir! On ne mettra pas le film Barry Lyndon au rayon enfant, mais on ne peut pas en empêcher l'accès à un ado de 15 ans qui voudrait le voir. On n'a pas que des documents litigieux en espace adultes, pourquoi en interdire l'accès aux ados? 

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Louve

@ Barbarette,

 

il y a une heure, Babarette a dit :

Pour les interdictions, est-ce possible de tout paramétrer? Obliger un ado (11-17 ans) à rester au rayon enfants, l'est forcément le faire fuir! On ne mettra pas le film Barry Lyndon au rayon enfant, mais on ne peut pas en empêcher l'accès à un ado de 15 ans qui voudrait le voir. On n'a pas que des documents litigieux en espace adultes, pourquoi en interdire l'accès aux ados? 

 

Retour d'expérience, dans le réseau dont j'ai la charge/responsabilité:

  • seuls les documents avec une interdiction légale sont paramétrés. Pour les autres chacun peut emprunter ce qu'il souhaite, où il le souhaite, qu'il ait une carte enfant ou une carte adulte. Avant de dire "oui, mais légalement, ce système où un enfant peut emprunter en adulte, est-ce bien raisonnable, gnagnagni, gnagnagna...":
    • c'est légal! 
    • nous n'avons ni dérives, ni hurlements
  • pas de soucis puisque les responsables légaux du mineur sont avertis de notre fonctionnement, à eux de vérifier ce que leurs chères têtes blondes/rousses/brunes/vertes/arc-en-ciel empruntent 
  • pas de soucis, ni de cris d'orfraie, la règle étant clairement énoncé et explicité dès le départ 

J'en reviens à ce que j'ai déjà dit: plutôt que de se prendre la tête, le chou,  sur ce_qui_pourrait_arriver et alors on prévoit la parapluie, que dis-je! la parasol!  Et encore il pourrait être trop petit ce parasol... sans compter que là on s'approche franchement de la masturbation intellectuelle.. Bref plutôt que le trifouillage de cervelle, pensons à la médiation, au positif. C'est ce que je fais, et ça marche! Bin oui, faudrait voir à arrêter de voir le mal partout.

 

il y a une heure, Babarette a dit :

Je ne me vois pas ne pas acheter Charlie. 

 

 

Et bin, si!  Selon la taille de la bibliothèque/médiathèque1 où l'on travaille, selon le budget, selon la politique documentaire, on peut très bien de pas être abonné à Charlie. C'était le cas dans une des bibs où j'ai travaillé. C'est de la sélection tout simplement. La neutralité, l'exhaustivité , ce n'est pas possible à mettre en place dans une bib mais bon sang de bonsoir, les acquisitions elles se font en fonction DU PUBLIC, de ses besoins, ses attentes, ses demandes, et non en fonction de ce que le -thécaire pense que "c'est bien pour le public et puis parce que quand même, on est là pour le guider".

On en revient au pluralisme.

 

Louve_adepte de Closer, Biba, XXI, Vincent Borel & cie

 

1- et pas de réflexion graveleuse sur le fait que la taille ça compte! ou pas! :angel: Je sens bien que sur ce coup Ferris pourrait réagir! :wink:

Modifié par Louve

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B. Majour

@Babarette

Tu le définis dans les paramètres du logiciel lorsque tu saisis l'exemplaire du livre : enfant, ados, jeune adulte, etc.

 

Ce paramètre, c'est aussi le choix et le pouvoir du bibliothécaire.

 

Le fait de mettre des étiquettes "interdit à tel âge" indique qu'il n'y aura pas d'écart possible. Souvent suite à un problème avec une famille.

Ou en conformité avec la législation. Même si les ados regardent tout entre eux, on se couvre de cette manière.

 

@Louve,

On ne dit pas la taille (qui permettrait, effectivement, à Ferris de sortir du bois), mais on parle de surface. C'est moins litigieux.

 

Perso, je ne suis pas abonné à Charlie. Pas les moyens, pas la demande non plus.

 

XXI, c'est ça ?

http://www.revue21.fr/portraits/alexandra-elbakyan-la-science-pour-tous/

 

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Babarette

Faut-il alors le porter à la connaissance du public? Avec le risque de l'attrait de l'interdit...

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B. Majour

Oui, c'est mieux que de devoir le lui refuser en banque d'accueil.

Plus facile de dire : "c'est interdit au moins de 16 ans, c'est marqué sur la boîte. Donc, il faut que tes parents l'empruntent et le regardent avec toi".

Que de s'entendre dire bruyamment : "pourquoi vous ne l'indiquez pas alors ?" (qui te fait passer, toi ou ton agent, pour une truffe. A juste titre.)

Question médiation, c'est pas top !

 

C'est comme indiquer sur certains livres adultes : pour public averti.

L'attrait de l'interdit est bien moins fort que la déception de textes "trashs", où il faut parfois le coeur bien accroché.

 

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Ferris

supprimé

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Babarette

 

il y a 46 minutes, Ferris a dit :

 

 

Si Babarette ne se voit pas acheter Charlie, moi je ne me vois pas fréquenter sa bibliothèque, j'irai dans une où il y a Charlie. Et je ferai une lettre à l'élu à la Culture en demandant pourquoi il n'y a pas Charlie dans sa bibliothèque. Et je dirai à plein de copains de faire comme moi....Plus tard on fera une pétition. Puis on montera une association "pour le droit de lire Charlie en bibliothèque". Et on demandera le soutien du Comité d'éthique de l'ABF. Et tout et tout....:fear:

J'ai dit le contraire: je ne me vois pas NE PAS acheter Charlie. 

J'en suis d'ailleurs une fervente lectrice. 

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B. Majour

Babarette a répété : J'ai dit le contraire: je ne me vois pas NE PAS acheter Charlie. 

 

Pas faux, Ferris, c'est bien la taille qui compte ! :tongue:

 

je vous souhaite bonne chance face à un parent en colère.

Ah, parce qu'il n'écrit pas/ne téléphone pas au maire en premier. Veinard !

 

Tiens, pour Charlie, il faudra que je vois combien de collègues en disposent autour de chez moi.

C'est peut-être un bon argument de vente auprès des élus. Ou pas.

  Bernard

 

 

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Ferris

supprimé

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Babarette

Ah mais attention, je n'achèterai pas Charlie parce que j'en suis une fervente lectrice, je l'achèterai parce que

- c'est un journal de qualité

- après les événements de 2015, il me paraît normal de soutenir la presse

- parce qu'il faut de la pluralité et que ça contrebalance bien avec L'Express ou Valeurs actuelles (journaux auxquels j'abonnerai ma bibliothèque même si, quand je lis un article là dedans, je perds foi en l'humanité).

 

Justement, je me posais la question de ce qu'il fallait faire en cas d'ouvrages assez litigieux. Je doute qu'il y ait vraiment des demandes pour "tuer des animaux pour rigoler" et je comprendrais qu'un lecteur défenseur de la cause animale me reproche d'acheter un tel livre. D'ailleurs, peut-on vraiment faire coïncider Torturer des animaux pour rigoler et sa politique documentaire? 

Modifié par Babarette

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B. Majour

Ce qui est gênant c'est ta façon de faire prévaloir ton avis personnel, tes goûts, ton éthique etc... et en même temps de chercher des critères et des "bornages", des limites.

Oui, Babarette, elle cherche comment elle va acquérir, sur quelles bases. Quelle éthique, ou bonnes pratiques, elle va pouvoir utiliser.

 

Ce qu'elle ne sait pas encore, c'est qu'elle va hériter d'une collection, établie par d'autres bibliothécaires. C'est assez exceptionnel de partir de rien et de devoir tout construire. Ce qui va orienter une partie des choix : on veut la suite !

Elle aura aussi un public qui s'engouffrera dans certaines acquisitions nouvelles ou en boudera d'autres malgré tout le soin apporté à la sélection.

Et elle connaîtra la difficulté de devoir choisir entre deux bons titres (journaux ou autres), après en avoir éliminé 8 autres, parce que le budget n'est pas extensible. Ou que, au bout d'un temps, acquérir un document, ça veut dire en sortir un autre des rayonnages, parce que la place est comptée.

 

Et le critère objectif, que le public impose, c'est le nombre d'emprunts.

Si Charlie est moins lu que l'Express ou Marianne, et qu'il faut sacrifier une des acquisitions pour X raisons, c'est Charlie qui passe à la trappe.

 

Parce que c'est le public qui impose son choix au final.

Et suivant la loi de Pareto (ou Trueswell), 20 % des documents produiront 80 % des prêts. Ce qui veut dire que 60 à 80 % d'un fonds est là pour décorer les rayonnages.

 

C'est une réalité métier sur l'acquisition (qui rend humble et) que l'on découvre assez vite en regardant les statistiques, en particulier quand il s'agit de pilonner des oeuvres choisies pourtant avec soin.

Le public n'a pas accroché ? Ben non.

On doit mettre à la poubelle tout le travail de sélection que j'ai accompli ? Ben oui.

C'est vexant, hein ? Oh que oui.

 

Là, ça aide beaucoup à comprendre la notion de pluralisme pour ce qu'elle est. C'est un pluralisme à destination de son public et de ses centres d'intérêts.

=> Il faut apprendre à surfer avec son public. Parce qu'on travaille pour lui, avant toute autre chose.

 

On travaille dans un service public pour le public.

 

Ce qui est assez top d'ailleurs. Tenter de deviner ce qui fait, va faire plaisir aux autres, c'est promesse de bien des découvertes personnelles.

Et de biens des erreurs... oups ! expérimentations.

 

On ne peut pas inventer le public. Le public, il faut le regarder, l'observer... partout où il chasse la culture. Dans les bibliothèques, dans les librairies, devant les kiosques de journaux.

La vraie sélection, elle commence là. Dans l'observation. Qu'est-ce qui attire mon public ? Pourquoi ?

 

Tout ça, ça vient avec l'expérience et la pratique.

 

D'ailleurs, Babarette, si tu veux vraiment te confronter aux problèmes d'acquisition, lance-toi donc dans l'acquisition de 600-1000 ouvrages (virtuels) en piochant chez les libraires en-ligne (amazon, fnac, furet du nord, mollat et autres), sans oublier quelques abonnements à des journaux.

 

Là, tu verras vite que 600-1000 documents, c'est énorme à acquérir. Et bien plus que tu ne pourras lire en une année.

Même tes propres goûts n'y suffiront pas.

Et pourtant, tu devras le faire chaque année.

 

Amuse-toi bien sur cet exercice. Il va t'enseigner d'autres limites et bornages.

 

Après, tu passeras à la version 2 de l'exercice. Devoir éliminer un tiers de ta sélection, faute de budget. Tout en préservant tous les grands secteurs de la bibliothèque. Idem pour les journaux. Charlie survivra-t-il ? C'est toi qui nous le diras. :wink:

  Bernard

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